FEMMES ET SCIENCE : L'ETAT DES LIEUX

 
D'après l'UNESCO, lors de la remise des prix L'OREAL-UNESCO pour les femmes et la science le 21 février 2007.

Selon le rapport 2006 de l'UNESCO, les femmes ne représentent que 27% des chercheurs dans le monde. Une moyenne qui cache de grandes disparités selon les pays et les continents. 46% en Amérique du sud, 29% en Afrique, 15% en Asie. Pour l'Europe, la Commission européenne a recensé 32% de femmes dans les laboratoires publics et 18% seulement dans les laboratoires privés.

Les lauriers scientifiques sont rarement attribués à des femmes. Le palmarès du Prix Nobel est essentiellement masculin. Des 516 lauréats en sciences 12 femmes sont distinguées : 7 en médecine, 3 en chimie, 2 en physique. Sur 45 médailles d'or décernées par le CNRS, deux sont allées à des femmes. L'Académie des Sciences françaises ne compte que 28 femmes pour 507 membres.

Plus on monte dans la hiérarchie scientifique et plus le pourcentage des femmes diminue. C'est l'effet «plafond de verre» qui bloque les carrières féminines. Selon Eurostat, les femmes représentent 50,4% de la «ressource humaine» dans le champ scientifique, mais ne sont que 29% parmi les ingénieurs et chercheurs. En France, on compte 38% de femmes parmi les chargés de recherche, 22% parmi les directeurs de recherche et 15% seulement parmi les présidents d'établissements. Selon l'association française «Femmes et mathématiques», les hommes ont 1,6 fois plus de chances de progresser dans un établissement comme le CNRS. A l'université, ce taux monterait à 2,9 en chimie et 3,8 en biologie.

La recherche est la clé de l'innovation et de la croissance. Les laboratoires européens auraient besoin de recruter 700 000 nouveaux chercheurs d'ici à 2010. Au vu de ces besoins, les vocations se raréfient. Les garçons se détournent des études scientifiques et les filles ne prennent pas la relève.

Selon l'OCDE, le nombre de doctorants en sciences et technologies a diminué de plus de 2% par an aux USA et au Canada, et de plus de 4% par an en France entre 1993 et 2003. La France a perdu dix mille étudiants en sciences ces cinq dernières années. Une chute plus marquée dans les sciences dures – physique, chimie, électronique – que pour les sciences de la vie.

La déperdition d'effectifs est particulièrement forte chez les filles. Alors qu'elles représentent 45% des effectifs en terminale S, elles ne sont plus que 25% à s'engager dans les écoles d'ingénieurs et 27% à choisir les carrières de la recherche.

La raison ? Les filières de l'enseignement scientifique sont une voie d'excellence pour les garçons et les modèles de réussite scientifique sont presque toujours masculins. Ce poids culturel est souligné par un rapport de l'OCDE l'année dernière : les filles ont tendance à sous-évaluer leurs propres performances et leur aptitude à entreprendre des études en Sciences techniques.

Constat confirmé par une récente étude menée dans l'enseignement secondaire en France : 82% des garçons s'estiment capables de suivre des études scientifiques. Contre seulement 53% de filles.

Dans son programme «Education pour tous d'ici 2015», l'ONU s'est donné pour objectif de supprimer les disparités entre les sexes à tous les niveaux de l'enseignement dans les dix prochaines années.

La Commission européenne s'est engagée en 2006 à faire accéder 40% des femmes à tous les niveaux de la mise en oeuvre et de la gestion des programmes de recherche. Elle a créé trois centres de ressources et d'informations dans l'Union sur les femmes et la science et un site internet dédié (www.eurosur.org/wide/EU/Trade/Roadmap.htm)

Les réseaux destinés à promouvoir les vocations scientifiques se multiplient dans le monde. On peut citer le TWOWS (Third World Organization for Women in Science), qui offre des formations aux femmes des pays en voie de développement, ou l'INWES (International Network of Women Engineers ans Scientists), ou encore l'Association Women for Science aux Etats-Unis qui mène de nombreux programmes de sensibilisation dans les écoles.

Le prix l'OREAL-UNESCO «Pour les femmes et la science» fut, en 1998, la première distinction scientifique internationale dédiée aux femmes. En France, le rapport de décembre 2006 du «Comité pour l'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes dans l'enseignement supérieur et la recherche», instauré par le Ministère délégué à la recherche, soulignait la nécessité de «décerner des prix afin de diffuser le plus largement la réussite scientifique des femmes à travers des exemples».


e-mail:: rabinouchete@aol.com

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