La com Sarkozy : un système "d'information" intriguant

 
A l’heure où les médias français sont de plus en plus concentrés au sein de grands groupes industriels, Nicolas Sarkozy a placé la communication au cœur de sa stratégie politique. Il a non seulement su établir un réseau impressionnant de relations d’amitié avec les propriétaires des grands groupes de médias et de nombreux directeurs de rédaction, mais il a aussi développé un véritable système de communication afin de véhiculer sa politique comme il l’entend. Par conséquent, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur l’influence qu’il a sur les médias, et la probité de son système. On l’accuse en effet de verrouiller des informations compromettantes, de pratiquer la censure, d’exercer des pressions sur les journalistes, de truquer les statistiques et d’avoir trop souvent pour lui des médias complaisants. Qu’en est-il réellement ? Y a-t-il un danger pour la démocratie ?

Or, dans certaines communes des Hauts-de-Seine, là même où l’on expérimente les idées du candidat UMP, en lançant des structures pilotes chargées de tester sa politique, on constate des dérives analogues à celles dont on l’accuse. A Asnières, à Puteaux, à Levallois et dans d’autres villes encore, les élus locaux ont eux aussi placé la communication au cœur de leur stratégie politique, mais, du fait que leur action n’est pas sous la couverture des médias nationaux, ils sont allés très loin dans les excès, comme en témoignent les nombreux sites et blogs contestataires qui ont été lancés (entre autres MonPuteaux.com, Asnierois.org ou encore Levallois.tv), en général par de simples citoyens, voire des élus d’opposition, afin de dénoncer les dérives d’un même système aux multiples facettes.

Ce dossier est une synthèse de la stratégie com de Nicolas Sarkozy et de celle de certains de ses proches lieutenants. Il a pour objet de démontrer que la politique pratiquée par le candidat à l’échelle nationale, basée sur la communication à outrance, est du même ressort que celle pratiquée par ses proches à l’échelle locale. A la différence près que les dérives constatées localement sont bien plus concrètes et plus préjudiciables et attentatoires à notre démocratie. Cela permettra de donner un indicateur sur ce à quoi va ressembler « la France d’après ».




Une communication efficace nécessite d’avoir des moyens efficaces, c’est-a-dire des médias qui roulent pour soi. Nicolas Sarkozy a su patiemment consolider un réseau de relations avec les propriétaires des médias français. L’élu local du système, lui, se contente de développer un groupe de presse, directement aux frais des contribuables.

Nicolas Sarkozy ne cache pas une profonde amitié avec Martin Bouygues, président du groupe Bouygues, propriétaire de TF1 et de son JT de 20 heures hégémonique. Martin Bouygues a été le témoin du mariage avec Cécilia, et a été par le passé le client de l’avocat d’affaire Sarkozy. Il est aussi l’ami intime d’Arnaud Lagardère, propriétaire du groupe de presse Filipacchi, pour qui Nicolas Sarkozy est « comme un frère ». Ce groupe détient des dizaines de titres au tirage important dont Elle, Le JDD, et Paris Match, ainsi que la radio Europe 1. Le président de l’UMP tient aussi dans ses rangs Serge Dassault, dont le groupe du même nom est propriétaire du Figaro, quotidien pro-chiraquien jusqu’à il y a peu de temps, mais qui s’est transformé en « pravda sarkozyste », selon les dires des proches de l’actuel Président de la République (NicolasSarkozy, enquête sur un homme de pouvoirs de Frédéric Charpier).

Son réseau s’étend jusqu’au sommet des rédactions : Nicolas Beytout, directeur de la rédaction du « Figaro ». Jean-Marie Colombani (« le Monde ») est aussi un ami, Jean-Claude Dassier (LCI), dont le fils est d'ailleurs le conseiller internet de l'UMP. L'Agence France-Presse est dirigée par Pierre Louette, ancien conseiller de Balladur, dont Sarkozy était lui-même ministre. Ces relations lui permettent de bénéficier d’un véritable réseau de communication, bien utile quand il s’agit de mettre en avant des informations à son avantage, ou au contraire d’éviter que ne s’ébruite une affaire compromettante.


Les réseaux d’influences se traduisent au niveau local par des relations étroites entre le maire et les entreprises avec qui la mairie a passé un marché public. En effet, à Asnières par exemple, commune des Hauts-de-Seine dont le maire est Manuel Aeschlimann, le conseiller pour l'opinion publique de Nicolas Sarkozy, ces entreprises financent souvent en grande partie les journaux municipaux, contre une ou plusieurs pages de publicité publiées. Ce qui pose un problème de déontologie, selon l’opposition locale asniéroise, qui dénonce un « curieux mélange », car ces entreprises seraient à la fois sous-traitants (elles ont décrochés un marché public) de la ville et clientes (elles achètent des espaces publicitaires) (cf. Le Parisien du 7 juillet 2004, « Les publicités contestées du magazine municipal »).

A Neuilly, la totalité du journal est sous-traitée et donc financée par une entreprise privée, dont le patron actuel est un homme d’affaire qui est propriétaire, entre autres de revues spécialisées dans la coiffure (cf. « Nicolas Sarkozy ou le destin de Brutus » de Victor Noir). La couverture de ce journal, ainsi que ses publicités, valent le détour… Officiellement cela ne coute pas un Euro à la mairie. L’avantage pour Louis-Charles Bary et sa majorité : le magazine se disant indépendant, la commune n’a pas de tribune d’opposition à publier, selon eux. Un argument qui déplait à l’opposition locale car elle se retrouve sans moyen d’expression. Elle avance que la loi du 27 février 2002 oblige une commune qui diffuse un magazine municipale, à réserver un espace à l'expression des conseillers n'appartenant pas à la majorité municipale. Qu’en est-il dans le cas de ce montage particulier ? En réalité, l’éditorial du journal est signé par le maire, ce qui en dit long sur l’indépendance véritable du journal…

Mais Neuilly est une exception, car en général, les maires du système sont en possession d’un véritable groupe de presse local. A Asnières par exemple, la municipalité publie, en plus du magazine généraliste Asnières-Infos, six autres journaux ciblant les femmes, les petits, les ados, les seniors, les entrepreneurs. Le budget de publication officiel est de 500 000 Euros, soit « à peine 0.48% du budget total de la ville » selon le maire de la commune, Manuel Aeschlimann (cf. L’Expansion de mars 2006, « Fièvre éditoriale chez les élus »), ce qui est pourtant déjà considérable. Si l’on rajoute les suppléments week-ends, distribués sur les marchés de la ville par des employés municipaux, le site internet et le blog de la ville, des affiches de la mairie dans toute la ville, des communiqués envoyés par courrier aux asniérois à partir des listes électorales, des tracts, les distributeurs de tracts et les colleurs d’affiches (des équipes seraient constituées pour exclusivement coller des affiches dans les rues de la ville), on en arrive largement à 2 à 3 millions d’Euros rien que pour le budget communication de la ville, soit près de 40 Euros par habitant, ce qui équivaut à près de 10% de l'impôt local moyen que paye un habitant d'Asnières !

A Puteaux, commune de 40 000 habitants, "dirigée" par Joëlle Caccaldi-Raynaud, la suppléante de Nicolas Sarkozy à l'Assemblée Nationale, le service communication de la mairie emploie 25 personnes," journalistes, maquettistes, graphistes, photographes, webmestres, afficheurs, imprimeur municipal et prestataires", selon l’ancien responsable de la communication (cf. MonPuteaux.com, novembre 2006 « 25 personnes au service de la communication du maire de Puteaux ») Pour quel cout ? Plus d’un million d’Euros par an hors taxes, rien que pour l’impression et la distribution, soit 60 Euros par habitant (cf. MonPuteaux.com, octobre 2005, « La mairie de Puteaux dépense 1 million d'euros en prospectus »).

A la fin des années 90, à Grenoble, le très cher ami de Nicolas Sarkozy, Alain Carignon, alors maire sortant briguant un second mandat, a créé une société de presse municipale Dauphiné News, afin d’aider sa majorité à gagner les élections municipales de 1989. Le tout aux frais de la ville, donc du contribuable grenoblois. Carignon réélu, cette société disparait en laissant derrière elle un passif de 10 millions de francs. La dette sera épongée par une filiale de la Lyonnaise des Eaux et des entreprises du BTP, avec lesquels la municipalité avait passé des marchés publics très lucratifs. Alain Carignon sera condamné cinq ans plus tard à 5 ans de prison (dont 1 an avec sursis), 5 ans d'inéligibilité, et 400 000 francs d'amende pour corruption, abus de biens sociaux et recel dans cette affaire.

A Corbeil-Essonnes, une fois réélu maire de la ville en 2001, Serge Dassault, allié de Nicolas Sarkozy, rachète un magazine local, « le Républicain de l’Essonnes », un hebdo « dont les pages sensibles lui sont faxées avant parution. » (cf. Paris Obs du 14 décembre 2006, « Enquête à Dassault-ville »). Il détient aussi depuis 2004 « Le Figaro ».

Nicolas Sarkozy, en plus de ses solides réseaux, peut compter sur une société de médias, ETC (Etudes, techniques et communication), qui filme les raoults UMP depuis 2005 et qui facture sa prestation 30 000 Euros par manifestation (cf. Le Monde du 7 novembre 2006, « L'UMP, productrice de l'image Sarkozy »). ETC fournit la majorité des images de Sarkozy aux médias, qui admettent « l’excellente qualité » des prises de vue et n’hésitent pas à réaliser des reportages contenant quasiment 100% d’images produites par ETC.

Autant de moyens pour simplement informer les citoyens de l’action politique ? Quels sont les véritables buts de la com du système ? On perçoit une politique clientéliste à Asnières, une volonté électorale à Grenoble, le besoin de contrôler l’information à Corbeil-Essonnes, ce que l’on ressent aussi chez Nicolas Sarkozy par le biais de la société ETC. On peut alors s’interroger sur la neutralité de l’information diffusée par les médias du système.



En vingt mois, le magazine « Le Point » a consacré dix couvertures à Nicolas Sarkozy contre seulement quatre pour Ségolène Royal. Sur la page d’accueil du site internet de l’UMP, il apparait sept fois pour sept photos.  A Puteaux, on peut compter une vingtaine de photos de la maire Joelle Ceccaldi-Reynaud dans le journal municipal ! (cf. MonPuteaux.com, décembre 2006, « Le mensonge écologique de « Puteaux Infos » »). A titre de comparaison, le journal municipal d’Evreux ne compte (que) dix photos de son maire, Jean-Louis Debré !

A Asnières, Manuel Aeschlimann ne cache pas ses pulsions exhibitionnistes : « je me déplace sur le terrain, il faut que ça se voit » (cf. L’Expansion de mars 2006, « Fièvre éditoriale chez les élus »). Par ailleurs, tout support pour afficher son nom ou sa photo, celle de sa femme et de ses deux enfants, est bon à prendre, il suffit de lire le magazine municipal Asnières-Infos de janvier chaque année. Même des supports illégaux sont utilisés, notamment les panneaux d’affichage libres de la ville, à savoir (cf. article et vidéo sur asnierois.org, « Petite promenade filmée à Asnières-sur-Seine »):

- 250 panneaux illégalement perchés sur les réverbères (la loi interdit l’utilisation de poteaux d’éclairage public comme support),

- 90 panneaux "d'affichage libre", confisqués par la mairie (voir plus bas)

- 60 panneaux administratifs sous verre, sans aucune information administrative mais avec beaucoup de propagande et la photo de Manuel Aeschlimann

- 10 panneaux déroulants 4 mètres par 3,

Auxquels on peut rajouter des tracts ou courriers, anonymes ou officiellement signés par la mairie (mais toujours par le directeur de la communication, jamais par le maire lui-même). Par exemple, un tract anonyme, imprimé sur un luxueux papier glacé blanc, a invité les Asniérois à regarder l’émission SEPT à HUIT du dimanche 4 décembre 2005, dans laquelle apparaissaient le maire et son équipe.

A Levallois comme à Asnières, la propagande du couple Balkany, très proches amis de Nicolas Sarkozy, ne se limite pas au journal municipal. Elle déborde en effet dans les boites aux lettres par le biais de tracts informant les habitants des initiatives de la mairie : «Tous les mois dans ma boîte aux lettres, je reçois des petits communiqués sur les poubelles, la sécurité…», déclare un habitant (cf. Paris Obs du 22 novembre 2001, « L’élu marketing »).

A Grenoble, outre la création du groupe de presse favorable à la majorité en place avant les élections municipales de 1989, une association locale, l’ASG (Association Sociale Grenobloise), subventionnée par la ville pour distribuer repas et colis de Noël aux personnes âgées, a été détournée de ses fonctions afin d’assurer la propagande de l’équipe municipale dirigée par Carignon. En 1986, un compte bancaire ''bis'', au nom de l’association mais géré directement par la mairie, a été ouvert par l'association. Il permettait des dépenses n'ayant rien à voir avec l'association : par exemple l'impression de journaux de quartier très favorables à la mairie, ou encore le paiement d'un publi-reportage dans le journal local La Tribune, proche du RPR. (cf. rapport 1993 de la chambre régionale des comptes portant sur les années 1985-1989)

Enfin au Figaro, la rédaction se plaint de l’attitude de Serge Dassault qu’elle accuse d’avoir essayé de « transformer en gazette municipale » le quotidien, (cf. Le Nouvel Observateur du 23 septembre 2004 « Le « Figaro » de papy »). Le Figaro outil de propagande de l’action politique de Corbeil-Essonnes ? Cela parait ridicule, mais cela illustre bien les dérives d’un système qui ne recule devant rien afin de s’auto-promouvoir.

A Asnières, Manuel Aeschlimann pratique une forme très particulière de propagande, en s’attribuant personnellement la réalisation de projets pourtant financés par une autre collectivité. Par exemple, dans Asnières-Infos de janvier 2007, le maire laisse entendre que la mairie a rénové des lycées et collèges de la ville alors qu’il en est de la responsabilité du département et de la région. Il vante ainsi la rénovation du lycée Renoir, qui a pourtant été financé à 100% par la région (6M €), ainsi que la réalisation des travaux pour l’extension de la ligne 13 du métro et s’attribue intégralement la rénovation du château d’Asnières. Or, ces réalisations ont été fortement subventionnées par la région, ce que le Président du Conseil Régional d'Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, ne manque pas de rappeler, dans une lettre adressée au maire d’Asnières datant du 29 septembre 2006, dans laquelle il se ditsurpris de ne jamais recevoir de carton d’invitation aux inaugurations des équipements financés par la région et conteste ces pratiques peu républicaines (cf. blog de Sébastien Pietrasanta, élu PS d’Asnières, du 22 octobre 2006, « Une lettre de Jean-Paul Huchon à Manuel Aeschlimann »).


Une pratique commune aux lieutenants du système est le détournement des moyens financiers de la municipalité pour tenter de se débarrasser d’opposants gênants, opposants politiques, associatifs ou simples citoyens, en les calomniant ou les diffamant. Il y a encore peu de temps, les supports les plus souvent utilisés étaient des tracts distribués dans les boites aux lettres des administrés mais ils ont évolué en communiqués affranchis ou encore en publications sur les sites internet ou les blogs de la ville, voire dans les journaux municipaux.

A Puteaux, en septembre 2006, Joëlle Ceccaldi-Raynaud et Charles Ceccaldi-Raynaud, la maire de la ville et son père ancien maire déchu par sa fille en 2004, ont été condamnés par le tribunal de Nanterre pour diffamation à l'encontre de Christophe Grébert, l’auteur des sites contestataires monputeaux.com et mon92.com. En lançant son premier site contestataire en 2002, ce dernier a cherché à dénoncer les atteintes à la démocratie, les gaspillages d’argent public, les pratiques de népotisme, de clientélisme, etc. passés sous silence depuis des années et pratiqués par la majorité municipale. Ses révélations ont beaucoup trop bousculé Charles et Joëlle, qui verrouillaient jusque là quasi parfaitement la communication de la ville. Ils ont donc œuvré afin de museler le jeune contestataire en orchestrant une odieuse campagne diffamatoire contre lui, l’accusant publiquement de pédophilie, en reproduisant sur le blog de la ville une lettre accusatrice qu’ils avaient envoyée au préfet. Ils ont été condamné en première instance pour diffamation et à payer une somme totale de 8000 Euros, le tout (les frais de justices d’un montant de 27 000 Euros à rajouter !) aux frais du contribuable putéolien (cf. le récit intégral de Christophe Grébert sur son blog). 

A Asnières, « l’affaire des Corbeaux » lors de la campagne des élections municipales de 2001 a confirmé les qualités de communication du maire sortant, Manuel Aeschlimann, qui ne recule devant rien pour se débarrasser d’un opposant à son régime. Un tract anonyme, intitulé "jugez vous même", diffusé largement dans la ville, mettait en cause la probité de Josiane Fischer, alors maire-adjoint et conseillère régionale d’Ile-de-France. Face a une telle diffamation, l’ancienne élue a porté plainte contre X et huit proches de Manuel Aeschlimann, des élus, son directeur de cabinet et l’imprimeur du tract, ont été condamnés en appel. Le maire lui-même a été mis en examen en tant qu’auteur présumé du tract, mais n’a finalement pas été inquiété, la Cour estimant que les charges contre lui ne sont pas suffisantes (cf. le juridoscope d’asnierois.org, affaire des corbeaux).

Ce tract accusateur semblait être une manœuvre du maire pour qu’il puisse se débarrasser de Josiane Fisher et de six autres élus de la majorité sortante. Ce qu’il fit le jour même où il a déposé sa liste de conseillers municipaux : les sept noms étaient remplacés par d’autres proches du maire ! Les conseillers municipaux trahis demandent alors la publication d’un droit de réponse dans le journal municipal, mais il a été censuré ! Suit alors une longue procédure judiciaire qui aboutit en janvier 2003, à la condamnation du directeur de la rédaction du journal municipal, Francis Delage, et à l’obligation de publication du droit de réponse demandé par les élus trahis de l’ancienne majorité, sous la forme d’une insertion judiciaire dans le magazine municipal. Et ce n'est pas fini, car dans le même numéro, est rédigée une note de la rédaction, trois fois plus longue que l’insertion des élus trahis et, elle aussi, gravement diffamatoire. En mars 2004, la mairie est à nouveau reconnue civilement responsable et Francis Delage est condamné pour diffamation envers les sept anciens élus. Le magazine est condamné à verser au total plus de 10 000 Euros d’amende et de dommages et intérêts aux sept élus, auxquels s’ajoute le règlement des frais de justice inhérents, le tout, une nouvelle fois aux frais du contribuable asniérois. (Le Parisien du 13 mars 2004, « Le magazine municipal condamné »)

En octobre 2003, une nouvelle affaire de communiqués de la mairie vient troubler la quiétude des Asniérois. La mairie envoie une série de communiqués officiels, distribués sous plis affranchis, à un tirage de quarante mille exemplaires, signé « La majorité municipale », portant la mention « Mairie d’Asnières, Délégation à la communication », dans lesquels une fondation parisienne et une association de quartier qui s’oppose aux projets d’urbanisation intensive du maire, ainsi que certains habitants d’Asnières, ont été diffamés. Ce communiqué annonce que l’association aurait cherché à « infiltrer » les instances municipales, aurait proféré des menaces et exercé des pressions sur le maire, et serait aussi assimilée à une secte ! Cette affaire a conduit Francis Delage, le même directeur du journal municipal que dans l’affaire précédente, a être condamné en première instance pour diffamation, deux ans plus tard, en septembre 2005, à 2000 € d’amende, au versement de 3000 € de dommages et intérêts à chacune des victimes, et au paiement des frais de justice. (cf. le juridoscope d’anierois.org, affaire AZMetro)

Enfin en février 2007, la mairie a profité de la réunion de l’association « Anticor » à Asnières, organisée par l’association des amis du site contestataire local asnierois.org, pour distribuer un communiqué de six pages, dont le but était de dénoncer le rude traitement qu’inflige l’opposition citoyenne à la majorité municipale, et qui affirmait en particulier que de nombreux responsables d’associations contestataires avaient été mis en examen, suite à des plaintes déposés par la mairie. Or en réalité, aucun des responsables d’association n’ont été mis en examen et une ordonnance du premier Juge d’instruction du Tribunal de Grande Instance de Nanterre constatait l’extinction de l’action publique quelques semaines plus tard ! (cf. Asnierois.org, « Collectif ''Assosendanger'': Victoire à l’extérieur 7 à 0 ») Cette plainte avait donné lieu au versement par la mairie d’une consignation de 2000 Euros, auxquels il faudrait rajouter les frais d’avocats. Dans un communiqué, les responsables d’associations accusés ont alors demandé au maire d’Asnières ainsi qu’à son directeur de la communication de présenter des excuses publiques et de leur rembourser leurs honoraires d’avocats… sans suites.

On pourrait citer encore de nombreux exemples, tant la mairie d’Asnières est productrice de communiqués de ce genre, mais arrêtons nous à une singularité propre à la ville d’Asnières : les tracts ou courrier calomnieux, à l’instar de ceux faisant l’éloge du maire, portent en général la mention « Mairie d’Asnières, Délégation à la communication », et sont signés par le directeur de la communication, mais jamais par le maire. Pourquoi le maire laisserait-il cet « honneur » aux subalternes ? Réponse : qui est condamné en cas de propos diffamatoires ou injurieux ? Jamais la mairie, car elle n’a pas d’existence juridique, mais bien l’auteur du propos, soit à Asnières, le directeur de la communication. Le directeur actuel, Charles Caillet n’a pour l’instant pas été condamné, mais son prédécesseur, Francis Delage, a été condamné six fois pour diffamation (dont trois procédures sont actuellement en appel).

Au passage, soulignons que le maire d’Asnières n’a jamais été condamné alors qu’il a été mis en examen deux fois. La première fois, suite à l’affaire des Corbeaux, l’adjoint Cyrille Deschenoix l’avait accusé d’être l’auteur du tract diffamatoire, mais il s’est ensuite rétracté ! Au final, sept élus ou proches du maire ont été condamnés, mais pas le maire lui-même, dont la complicité n’a pas été prouvée (cf. le juridoscope d’asnierois.org, affaire des corbeaux). Enfin, ce dernier est aussi actuellement mis en examen pour complicité de favoritisme dans l'attribution d'un marché public dans sa commune, une affaire qui remonte à 1998, alors qu’il était premier adjoint délégué à la culture.

Ces pratiques, qui ressemblent à du détournement des moyens publics à des fins de propagande personnelle ou dans le but de se débarrasser d’opposants gênants, sont des manifestations des dérives du système. Mais force est de constater que les peines prononcées par le tribunal sont ridicules comparées aux dégâts causés par les élus locaux. Que représentent quelques milliers d’Euros de condamnation pour une municipalité qui a déjà mis des dizaines de milliers d’Euros dans la rédaction, l’impression et la distribution des tracts ou courriers calomnieux à tous ses administrés ? Est-il normal qu’un élu reconnu et condamné pour diffamation à l’encontre de ses propres administrés puisse encore exercer sa fonction ? Quel exemple donne-t-il, que représente-t-il encore, quelles valeurs prône-t-il en agissant de la sorte ? Est-il normal que des citoyens soient victimes des intrigues menés par les lieutenants du système ? Est-il normal que les administrés doivent payer pour les ambitions personnelles de leurs élus ? Est-il normal qu’une municipalité puisse puiser dans ses ressources financières sans retenue afin de se débarrasser de citoyens gênants, dont le but est de résister et dénoncer les dérives de leur système ? Enfin, est-il normal qu’un maire puisse se servir des listes électorales pour diffuser ses courriers calomnieux à tous les électeurs potentiels ?

Pourquoi Nicolas Sarkozy, en chef exemplaire de son parti, ne condamne-t-il pas ces dérives ? Joelle Ceccaldi-Raynaud, maire de Puteaux, est pourtant sa suppléante à l’Assemblée Nationale. Manuel Aeschlimann est pourtant son conseiller pour l'opinion publique. Isabelle Balkany est pourtant sa vice-Présidente au sein du Conseil Général des Hauts-de-Seine. Patrick Balkany est pourtant son ami d’enfance. Louis-Charles Bary a longtemps été son adjoint à la mairie de Neuilly, avant de lui succéder en 2002. Ces dérives feraient-elles parties des expérimentations de son programme au sein des communes des Hauts-de-Seine ?

Mais la com du système ne se résume pas à ces pratiques. La stratégie com est souvent bien plus subtile et trompeuse, ce qui explique en partie pourquoi les membres du système sont si populaires.



L’objectif de cette pratique est d’influencer l’opinion pour qu’elle adhère à la politique mise en place en communiquant des informations partielles ou à caractère démagogique. Il s’agit d’une part de faire croire à la transparence en communiquant abondamment, en donnant beaucoup de chiffres, de statistiques, et d’autre part de filtrer l’information, de telle sorte que seul le positif apparent de la politique mise en place soit connu de tous, et que soit passé sous silence le bilan réel, qui n’est en général pas avantageux.

Cette stratégie consiste à appliquer deux techniques principales : la première, qui est la transmission de l’information à minima, de statistiques incomplètes, la pratique du mensonge par omission et la seconde, qui consiste à faire de la mousse médiatique sur des initiatives démagogiques.


Mensonge par omission ?

Au cours de sa conférence de presse place Beauvau début janvier 2007, le Ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy affirmait que la délinquance avait chuté de 1,3% en 2006 et qu’elle était en baisse de 9,4% depuis son arrivée au gouvernement en 2002. Par ailleurs, il s’était aussi félicité de la "progression constante" du taux d'élucidation, qui s'élevait à 34,3% en 2006, en hausse de huit points depuis cinq ans.

L’ensemble des chiffres avancés sont exacts, si l’on se réfère aux statistiques des services de police et de gendarmerie. Mais que traduisent-ils exactement ? La délinquance se mesure par trois principaux types d’infractions : les atteintes aux biens (les vols), les atteintes aux personnes (les agressions) et les infractions économiques et financières (cartes bleues, chèques, détournements de fonds). Or, ce qui baisse depuis quelques années, ce sont les atteintes aux biens, qui représentent près des trois quarts des 3,3 millions de faits de délinquance recensés par la police. La baisse du taux global de la délinquance est donc du à la baisse des atteintes aux biens. Or, cette baisse se constate dans tous les pays en Europe. Par ailleurs, la baisse générale de la délinquance cache des hausses, notamment celle des atteintes à l’intégrité physique, en augmentation de 16% depuis 2002 (cf. Observatoire National de la Délinquance, Bulletin annuel pour l’année 2006). Mais peut-on vraiment faire confiance à ces statistiques, réalisées à partir des chiffres communiqués par les services de police et de gendarmerie, qui dépendent du ministère de l’Intérieur ?

Chiffres truqués ?

Une enquête menée conjointement par l’INSEE et par l’Observatoire National de la Délinquance, rendue publique le 19 décembre 2006 (cf. dossier de l’enquête), révèle que près de 13 millions de faits ont été recensés par l’INSEE contre moins de 4 millions pour les chiffres officiels du ministère de l’Intérieur. Le rapport avance que le décalage serait du au fait que peu de dommages sont portés à la connaissance de la police ou de la gendarmerie, les victimes agissant surtout en fonction de la gravité des faits. Autre explication possible : le quotidien Marianne du 2 décembre (cf. « Délinquance Leçon de maquillage ») révèle le témoignage de certains commissaires de police, à qui l’on aurait exigé que « les chiffres de la délinquance soient a la baisse d’ici a la fin de l’année 2006 » et qu’il fallait « réduire l’augmentation de la délinquance révélée », « à commencer par les petites infractions a la législation sur les stupéfiants (moins de 5 g), apparemment indignes de figurer dans les statistiques. » ou encore en diminuant les plaintes pour escroqueries à la carte bancaire en justifiant que « le possesseur de carte bancaire n’est pas une victime, puisqu’il est remboursé par la banque ! »

Un décalage analogue a été constaté en janvier 2007, au moment de comptabiliser le nombre de véhicules brulés lors la nuit de la Saint Sylvestre. Le ministère de l'Intérieur a établi un bilan officiel de 396 véhicules incendiés, en baisse par rapport à l’année précédente (411 véhicules brulés avaient été enregistrés). Europe 1, qui souhaitait obtenir un détail par département, a été invitée par le Ministère de l’Intérieur à téléphoner aux préfectures. C’est ce que la radio a patiemment accompli et elle a obtenu un bilan bien plus lourd, qui s’établit à 683 véhicules brulés. En réaction, Nicolas Sarkozy précise que le décompte du Ministère a été arrêté à 6 heures du matin… (cf. Europe 1, 11 janvier 2007, « Les vrais chiffres des véhicules incendiés la nuit du 31 »)

A l’échelle locale, la lecture du magazine municipal Asnières-Infos de novembre 2006, un numéro spécial sur la sécurité à Asnières, peut laisser perplexe. Un graphique représentant le nombre de faits de délinquance enregistré par le commissariat de police de la ville présente une courbe étrangement linéaire entre 2000 et 2005. Les chiffres seraient en baisse régulière d’une année sur l’autre et la délinquance aurait baissé de 20% en cinq ans. Le reste du magazine vante les mérites de la vidéosurveillance et de l’action de la police municipale. Cette pratique rappelle étrangement celle de Patrick Balkany, maire de Levallois, qui, déjà en 1993, avançait des chiffres très à son avantage : « Le maire de Levallois se vante d'avoir fait baisser le nombre des cambriolages et affirme que les agressions sur la voie publique ont chuté de 30% depuis 1983. Mais, ces dernières années, la criminalité globale est en hausse. Plus 6,69% en 1992 (statistiques de la préfecture des Hauts-de-Seine). Et sur 22 villes que compte le département, celle de Patrick Balkany vient au troisième rang pour le nombre de crimes et délits constatés pour 1000 habitants. » (cf. Le Nouvel Observateur du 11 novembre 1993 « Les cow boys de Balkany »)


Cette pratique, complémentaire à la précédente, consiste à faire grand bruit d’une initiative particulière et faire croire qu’elle est appliquée de façon systématique. Le thème le plus exploité est naturellement celui de la lutte contre la délinquance.

A Asnières, Nicolas Sarkozy, Président du Conseil Général des Hauts-de-Seine a inauguré en octobre 2005 l’« internat de la réussite ». Il souhaitait qu’il soit une « structure pilote », qui consiste à aider des jeunes issus de milieux défavorisés, et ainsi exercer une forme de discrimination positive. Sarkozy tient beaucoup à cette initiative, et il veut communiquer : Isabelle Balkany, vice-présidente du Conseil Général, déléguée aux affaires scolaires, ainsi que Manuel Aeschlimann, maire d’Asnières, vantaient abondamment les mérites de cette initiative. En réalité, cet internat n’accueille que huit élèves et à peine inauguré, il a été le théâtre d’un viol collectif, impliquant cinq des huit pensionnaires méritants. L’affaire est révélée quelques temps après par une association asniéroise, suivi d’un article dans Le Parisien, mais ne fait étrangement aucun bruit dans les médias télévisés (cf. Le Parisien du 8 février 2006, « L'internat de la réussite rattrapé par la violence »). Les résultats scolaires ne sont pas concluants non plus : « Leurs résultats sont catastrophiques. Ils ne travaillent pas, certains n’amènent même plus leurs affaires en cours. Ils ne méritent pas de passer en quatrième », estime sous couvert d’anonymat une de leurs professeurs, qui n’hésite pas à parler d’« internat de l’échec ». (cf. 20 Minutes du 21 mai 2006, « Mauvaises notes pour l’« internat réussite » »). Isabelle Balkany, au contraire, affirme que « l’expérience est tout à fait concluante dans le concept » et que « certains des internes ont progressé ».

En novembre 2005, Manuel Aeschlimann a su exploiter la médiatisation des émeutes des banlieues pour créer un « comité asniérois de veille citoyenne », composé de bénévoles qui ont décidé de « venir en appui » du travail des forces de l'ordre en patrouillant dans les quartiers chauds. Cette initiative a été surmédiatisée : une dizaine d’articles (Libération, Le Figaro, Le Parisien…) et des passages au journal de 20 heures sur TF1 et France 2. Le directeur de cabinet du maire organisait les voitures de « patrouilles », qui étaient composées d’autant de journalistes que de citoyens (cf. Libération du 9 novembre 2005 « A Asnières c’est le maire qui chauffe les nuit »). Les journalistes sur place ont pu constater qu’il s’agissait surtout d’une opération de com à destination des médias, car dans la rue, y compris dans les quartiers réputés chauds, il ne s’est pas passé grand’ chose. Cette initiative a été dénoncée par le CAFFAARD (Comité asniérois formé face aux agissements anti-républicains du député-maire), composé d’élus de la majorité municipale, mais passés à l’opposition. Ces derniers ont mis les citoyens en garde contre la manipulation du maire dont les comités de veille était selon eux  « constitués essentiellement de proche du maire dont de nombreux agents municipaux » (cf. AFP du 8 novembre 2005, « Face au ''comité asniérois de veille citoyenne'', création du CAFFAARD »). Les forces de l’ordre, de leur coté, n’ont pas vu d’un bon œil cette initiative. Le Syndicat général de la police FO (SGP-FO) a démenti qu'il ait été demandé à la police "d'encadrer" ce comité, estimant « dangereux de voir se créer ce genre de comité d'autodéfense" et que "la défense de l'ordre public (...) revient aux forces de l'ordre professionnelles ». La mairie expliquait en effet que le comité de veille était « strictement encadré par les polices nationale et municipale »…

Ce comité de veille citoyenne rappelle étrangement le Service Volontaire Citoyen qu’expérimente Nicolas Sarkozy dans onze départements, dont le sien, celui des Hauts-de-Seine. L’idée est de constituer des groupes de "citoyens volontaires" pour aider les forces de l'ordre à assurer la sécurité publique. Cette initiative, inquiétante à plusieurs titres – les citoyens doivent-ils faire le travail de la police ? A quelles informations auront accès les volontaires, ceux-ci n’étant contraints à aucune obligation de réserve ou de confidentialité ? – a enthousiasmé certains maires UMP des « départements pilotes », notamment Joëlle Ceccaldi-Raynaud, maire de Puteaux (cf. MonPuteaux.com du 5 novembre 2006 « Le "Service Citoyen Volontaire" : un SAC "sauce Sarkozy" lancé à Puteaux ») ou le député-maire Philippe Pemezec au Plessis-Robinson.

Exactement un an après les émeutes des banlieues, en novembre 2006, la mairie d’Asnières a envoyé à tous ses administrés un communiqué de quatre pages, qui salue l’initiative de Maître Olivier Schnerb, l’avocat chargé de la défense de la mairie, présenté pour l’occasion comme un « un avocat parisien qui a décidé de s’engager « à titre de simple citoyen » », qui a proposé aux jeunes des quartiers difficiles « un parcours républicain à Asnières ». Ce parcours commence avec la visite des « institutions » de notre pays : « le palais de justice de Paris, Beaubourg, le ministère de Finances ou encore le musée d’Orsay. Autant d’occasions de rappeler les valeurs républicaines, l’histoire d’une France faite d’immigration, les apports scientifiques communs des Arabes et des Hébreux ou de balayer les idées reçues comme l’existence de races. » (cf. Le Parisien du 8 novembre 2006, « Trente jeunes testent le parcours républicain »). Puis le parcours se poursuit avec la visite d’entreprises, comme Veolia et Vinci, qui proposent aux jeunes un emploi ou une formation. Enfin, le parcours se termine à la mairie par une remise officielle de diplômes par Manuel Aeschlimann. Une initiative qui a aussi rempli une page du magazine municipal Asnières-Infos de janvier 2007. Aider une vingtaine de jeunes à trouver un emploi ou une formation mérite-t-il une telle mise en scène ? Chaque ville de plus de 50 000 habitants en France consacre une partie de son budget à l’aide à la recherche d’emploi et à la formation de ses résidents, mais aucune ne s’en est jusque-là vanté par un procédé qui mélange autant les genres. Que recherche le maire en agissant ainsi ? Une transparence sur le cout de cette initiative serait bienvenue pour le citoyen asniérois, en y incluant les frais de com bien évidemment.


Au lendemain du drame de Clichy-sous-Bois, où deux jeunes adolescents, Zyed et Bouna ont trouvé la mort dans un transformateur EDF, Nicolas Sarkozy affirmait que « la police ne poursuivait pas physiquement » les jeunes, qu’ils s'étaient introduit sur le site parce qu’ils étaient des délinquants. Or un rapport de l’IGS (Inspection Générale des Services ou police des polices), publié en décembre 2006 (L’Express du 8 décembre 2006, « L’IGS : rapport, suite et fin »), donne une version bien différente de celle qu’a voulu communiquer le Ministre de l’Intérieur. Le rapport établit qu’une course-poursuite a bien eu lieu, et critique « la légèreté et la distraction surprenantes » des policiers. Les familles, elles, nient que les jeunes adolescents aient tenté de voler au sein du site.

Plus récemment, fin mars 2007, le contrôle des titres de transport d’un Congolais en gare du Nord à Paris tourne mal et se transforme en mini-émeute. A peine arrivé au ministère de l’Intérieur en remplacement de Nicolas Sarkozy, François Baroin affirme que l’homme est un « récidiviste » qui est « très défavorablement connu des services de police puisqu'il a vingt-deux affaires signalées » et « de surcroît entré illégalement sur le territoire » (NouvelObs.com du 30 mars 2007, « Deux jeunes hommes condamnés à quatre mois ferme »). En réalité, il avait sept et non pas vingt-deux condamnations à son casier, dont « la plupart remontent à 1997 » ou avant, selon son avocat. Il était aussi convoqué quelques jours plus tard par la préfecture pour obtenir sa carte de séjour.

Ce qui est étrange dans ces deux exemples, c’est que les autorités du système ont du grossir le trait, présenter les accusés comme des délinquants sans-papiers multirécidivistes. Mais dans quel but ? Donner raison à la politique de répression et de sanction mise en place par Nicolas Sarkozy ? Or, s’ils étaient si confiants en leur politique, pourquoi se donneraient-ils la peine de grossir autant le trait, de pratiquer le mélange des genres en faisant l’amalgame entre sécurité, délinquance et immigration ?

Qu’il s’agisse d’une « inoffensive » opération de com à caractère électoral ou d’une véritable initiative dangereuse pour la démocratie, dont on ne connaitrait que la « version soft », la com est au cœur de la stratégie politique des élus du système, au point où l’on en viendrait à se demander si leur action politique ne se réduirait pas à communiquer, afin de forcer l’opinion à adhérer à leurs idées sans en dévoiler la totalité, et profiter sans être inquiétés des avantages que leur attribuent leurs fonctions. Deux illustrations, l’une sur la stratégie politique de Nicolas Sarkozy et de ses lieutenants en matière de sécurité, l’autre sur la gestion financière des communes du système permettront d’étayer cette hypothèse.


La recette com de la politique sécuritaire pratiquée par le Ministre de l’Intérieur depuis 2002 peut se résumer en 3 étapes :

Première étape : créer un climat d’insécurité en médiatisant des actes de délinquance crapuleux, dans le but de sensibiliser l’opinion à la nécessité de déployer massivement des forces de répression, et justifier l’attribution de moyens importants à la police nationale, ainsi que l’adoption de lois de sanction comme la loi sur la prévention de la délinquance (loi dite Sarkozy). L’insécurité ayant été le fer de lance de la campagne de Jacques Chirac en 2002, elle a permis à la politique de Nicolas Sarkozy, propulsé au poste de ministre de l’Intérieur, d’être approuvée par la majorité des Français.

Deuxième étape : médiatiser des opérations de police spectaculaires et bien préparées médiatiquement (Yvan Colonna, actions du GIGN, délinquance des mineurs dans les banlieues, etc.). Le but est de rassurer et d’installer une certaine confiance en la politique de sécurité. En parallèle, veiller à ce que des informations compromettantes ne soient pas médiatisées (pratique de la contre-com, voir plus bas)

Troisième étape : après quelques temps, communiquer des bilans, des statistiques, tous positifs, qui démontrent que la délinquance a fortement baissé et assure ainsi que la politique mise en place était la bonne


Cette stratégie se décline à l’échelle locale par les maires du système de la manière suivante :

Première étape : créer un climat d’insécurité en médiatisant des actes de délinquance, afin de justifier l’adoption d’une politique locale de sécurité, qui attribuera des moyens conséquents pour la création ou le renforcement d’une police municipale et le déploiement de caméras de vidéosurveillance.

Deuxième étape : faire de la mousse médiatique sur l’action positive de cette force (il s’agit en général de la répression d’actes anodins comme la séquestration d’auteurs de tags, de feux de poubelle, mais jamais de violeurs ou agresseurs) en envoyant des communiqués à tous les administrés (par des articles publiés dans les journaux municipaux, les sites et blogs de la mairie, par des tracts, des courriers affranchis, le tout aux frais du contribuable), afin de créer un climat de sécurité artificiel, mais suffisant pour que chacun admette que la politique mise en place est efficace. Ceci permet de justifier l’attribution de moyens supplémentaires aux forces créées à l’étape 1. En parallèle, veiller à ce que des informations compromettantes de soient pas médiatisées (pratique de la contre-com, voir plus bas). A Levallois par exemple, un habitant déclare : «Tous les mois dans ma boîte aux lettres, je reçois des petits communiqués sur les poubelles, la sécurité… » ou encore « « On ne s’est jamais senti autant en sécurité », martèlent les Levalloisiens. »  (cf. Paris Obs du 22 novembre 2001, « L’élu marketing »).

Troisième étape : Enfin, après quelque temps, communiquer un bilan positif en avançant des résultats et des chiffres avantageux, bien choisis, mais incomplets, les résultats négatifs n’étant pas inclus dans la communication. A Asnières, le magazine municipal présente des courbes de la délinquance décroissantes depuis 2001.


Les résultats réels et dérives de cette stratégie

Le bilan réel est très éloigné de ce que la communication des élus du système a laissé paraitre : les émeutes de novembre 2005 (200 millions d’euros de dégâts, des milliers de voitures brulées, des entreprises et de nombreuses écoles brulées, de nombreux blessés dont des policiers pris pour cible) ont démontré que l’action du ministre de l’Intérieur n’a rien réglé au problème, et qu’elle aurait même contribué à augmenter les actes de violences. Si l’on analyse les chiffres dans leur intégralité, on se rend compte que le bilan n’est en rien positif, à l’échelle nationale comme à l’échelle locale, et que le nombre d’agressions a même augmenté. Cette politique de lutte contre la délinquance est-elle réellement efficace ? Ou son but est de faire croire qu’elle est efficace ?

Premier niveau de dérive : à Asnières, les caméras de vidéosurveillance n’ont rarement fonctionné au moment des délits (agressions, cambriolages de banque, cf. asnierois.org,  11 mars 2005, « Courrier : une agression odieuse et révoltante »). On en vient même à se demander si ces caméras sont bien actives (cf. asnierois.org, « Videosurveillance à Asnières : leurre ou réalité ? »). De plus, la police municipale n’ayant pas d’autorité pour agir à titre répressif, elle ne peut rien faire des images enregistrées, celles-ci ne pouvant être visionnées par les autorités judiciaires que sur commission rogatoire. La raison d’être de la vidéosurveillance se limiterait-elle à faire croire à l’application d’une politique de sécurité ? La vidéosurveillance, qui est pourtant très couteuse, ne serait-elle qu’un leurre, un simple pion dans la stratégie de com des élus du système ?

Second niveau de dérive : il arrive que ces moyens soient en réalité souvent détournés à des fins politiques : à Puteaux, la police municipale s’en est violemment pris à Christophe Grébert, afin de l’intimider (cf. Libération du 25 mai 2004, « Puteaux : opposant amateur de roses s’abstenir »). A Asnières, selon un rapport du brigadier-chef en charge de la vidéosurveillance, le directeur de cabinet du maire, Francis Pourbagher, se serait rendu à plusieurs reprises dans le local de vidéosurveillance de la municipalité, afin de repérer des colleurs d’affiches ou des distributeurs de tracts de l’opposition (cf. Libération du 6 avril 2004, « Campagne sous surveillance à Asnières »). Or, la loi n’autorise qu’une personne de qualité d’officier de police judiciaire à pouvoir pénétrer dans ces locaux et visionner des scènes. Enfin, le même Francis Pourbagher a eu recours à la police nationale pour coffrer un simple citoyen qui collait une affiche sur les panneaux d’affichage libres de la ville (cf. asnierois.org, 5 mai 2006, « Pratiquer l’affichage libre à Asnières se termine au poste de Police »).

On est bien loin de l’objectif officiel de la politique sécuritaire, qui est de lutter contre la délinquance. Cette politique, articulée autour de la communication, a en réalité permis aux élus ayant investi dans la police municipale et la vidéosurveillance de détourner ces moyens afin de contrôler toute forme d’opposition, et de renforcer ainsi le contrôle de l’information… au détriment de la l’opposition dans toutes ses formes, donc au détriment de la démocratie.


Les élus du système emploient pour la gestion financière de la ville une stratégie de communication analogue à celle utilisée pour la sécurité. Les journaux municipaux des villes du système regorgent de tableaux, de graphiques, d’indicateurs statistiques comparatifs. Mais souvent les chiffres sont trompeurs : au sujet de la fiscalité locale par exemple, à Levallois comme à Asnières, seuls les taux de la taxe d’habitation et de la taxe foncière sont indiqués. Ces taux sont largement comparés avec ceux des communes voisines. Or, la taxe n’est qu’un élément permettant le calcul de l’impôt local. La valeur locative de l’habitation ainsi que l’abattement de l’impôt appliqué par la municipalité sont les deux autres éléments, que la mairie se garde de mentionner. A Asnières par exemple, l’abattement étant nul, il est aisé de se vanter d’avoir un taux d’impôt relativement bas, comparé à celui des communes voisines, qui elles pratiquent un abattement à la base de 50%. Ainsi, à un taux inférieur (11,5% contre 18,12%), on paie en moyenne par habitant plus d’impôt à Asnières qu’à Bois-Colombes (commune voisine, 332 Euros contre 121 Euros) ! (cf. asnierois.org, 4 novembre 2005, « Asnières : moins de taux, plus d’impots »)

Par ailleurs, ces communes ont en commun d’avoir une dette impressionnante, qui ne cesse d’augmenter : 150 millions d’Euros à Asnières en 2006, en augmentation de plus de 35% depuis 2001 ; 250 millions d’Euros à Levallois début 2007, en augmentation de 150% en cinq ans, la municipalité de Levallois ayant prévu d’emprunter 89 millions d’Euros supplémentaire en 2007 ! Mais jamais aucune communication venant de la municipalité ne mentionne le montant de la dette cumulée, ni son augmentation. En revanche, la mairie, ne pouvant occulter le thème de la dette dans ses communiqués, utilise habilement des indicateurs statistiques officiels pour simuler une totale transparence : par exemple, chaque année, en octobre, le magazine municipal Asnières-Infos met en avant l’annuité de la dette, qui est en baisse, et meilleure que les communes voisines. Or, l’annuité de la dette est le rapport du montant du remboursement de la dette sur un exercice, rapporté au montant du budget de fonctionnement du même exercice. Ainsi, ce ratio reflète de manière relative ce que la mairie rembourse de la dette chaque année, mais n'indique en rien la variation de la dette d'une année sur l'autre ! A noter qu’une annuité faible peut aussi bien révéler une gestion financière remarquable (peu de dettes à rembourser, dette bien ventilée) tout comme une gestion catastrophique (la mairie rembourse peu  alors qu’elle emprunte beaucoup plus en contrepartie, ce qui augmente la dette).

A Levallois, la mairie se vante des nombreux investissements prévus par la ville pour l’exercice 2007. Mais est-il bien honnête de mettre en avant les investissements sans communiquer en contrepartie les nouveaux emprunts réalisés ? Est-il normal qu’une équipe municipale ne soit pas inquiétée lorsque son budget est multiplié par deux en deux ans et que sa dette atteint plus de 250 millions d’Euros, soit plus de 4000 Euros par habitant ? (cf. AEL-Agir Ensemble pour Levallois, « Budget 2007 de Levallois-Perret un trompe-l’œil électoraliste ») A Asnières, la ville est endettée sur plus de trente ans, quand sera-t-elle mise sous tutelle ?

Un point commun entre les communes du système est l’impression de transparence sur les investissements (ils sont souvent détaillés dans les communiqués ainsi que leur cout aussi), mais l’opacité est totale en ce qui concerne le budget de fonctionnement. Aucun détail sur le cout des réceptions, des festivités, des frais de bouche des élus, des frais de justice, des frais de com, des salaires des directeurs de cabinet, des indemnités des élus. Pourquoi ? Car ces frais explosent et ne cessent d’augmenter d’année en année, prenant une part de plus en plus importante dans le budget de fonctionnement… souvent au détriment des besoins les plus basiques, comme le fait d’avoir une ville propre, des infrastructures (crèches, écoles, loisirs, etc.) en bon état, en nombre suffisant et en adéquation avec la population qui ne cesse d’augmenter, du fait des nombreux investissements et aménagements effectués par les promoteurs immobiliers, en complicité avec la mairie.

Le malheur est que la majorité des administrés ne connait rien de la gestion des finances d’une ville, de la gestion du budget, de ses moyens financiers considérables. La communication de la mairie se fonde donc sur l’ignorance quasi générale des administrés sur le sujet très complexe des finances locales. L’exploitation de cette faiblesse par les élus du système est révélateur d’une volonté de cacher leurs véritables résultats et statistiques en matière de gestion financière. A Asnières, la mairie laisse entendre dans son magazine d’octobre 2006 qu’une municipalité doit communiquer sept indicateurs financiers. Or le Code Général des Collectivités Territoriales en indique onze. On se doutera bien que les quatre indicateurs « oubliés » par la municipalité sont très mauvais, très défavorables à la majorité municipale, et révèlent une gestion financière plus que préoccupante.

L’opacité dans les prises de décisions, l’opacité de la politique, l’opacité du bilan, des chiffres, l’opacité du système. Cette opacité est révélatrice d’une certaine forme d’incompétence sur des sujets aussi sensibles que les finances et la sécurité. Les élus du système, n’ayant pas les qualités ou ne se donnant pas les moyens pour accomplir leurs devoirs d’élus responsables, se doivent de compenser en pratiquant une com pseudo-transparente, ou com trompeuse, pour conserver leur position d’élu. Mais il arrive aussi souvent qu’une information, dont la transmission est pourtant obligatoire, ne soit pas communiquée. Il s’agit alors de la stratégie de la non-com.

 


Si le système n’est pas transparent pour les administrés, il l’est souvent encore moins pour  les conseillers municipaux de l’opposition, qui déplorent l’opacité des élus de la majorité sur des décisions importantes.

Selon un dossier de L’Express de février 2003, à Levallois, « l'opposition, de droite comme de gauche, se plaint du manque de transparence et dénonce des attributions de complaisance: nombre d'élus et de collaborateurs sont logés grâce à la ville. Les opposants ne siègent pas au conseil d'administration de Levallois Habitat, organisme municipal, ni d'ailleurs d'aucune des nombreuses autres associations para-municipales, ni de la Semarelp et de ses filiales - Levallois Découvertes, Levallois Information, Levallois Sécurité (qui fait du gardiennage privé…), Levaparc (qui gère les parkings de la ville), etc. «Un tiers des services est externalisé, déplore Arnaud de Courson. La ville se simplifie la vie grâce à ces associations. Mais, en l'absence de l'opposition, le conseil municipal ne contrôle pas les dépenses.» »(cf. L’Express du 6 février 2003, « Le système Balkany »)

Les élus de l’opposition se plaignent que les informations transmises par la majorité sont tronquées, et qu’ils n’ont pu voter de nombreuses délibérations pour cause d’irrégularités. A Levallois toujours, lors du conseil municipal de février 2007, le budget primitif ainsi qu’un bilan de concertation d’un gros dossier de ZAC n’ont pu être votés, car « Les élus reprochent au maire UMP, Patrick Balkany, de n’avoir donné les documents qu’en début de séance. Ce qui ne leur a pas permis de voter en connaissance de cause. Idem pour le bilan de concertation de la ZAC Eiffel, un gros dossier d’aménagement qui prévoit notamment un grand centre commercial, qui n’a pas été communiqué à temps. » (cf. Le Parisien du 7 février 2007, « Huit élus d’opposition saisissent le préfet »). Les élus, qui ont quitté le conseil municipal en pleine séance, ont déposé un recours au préfet, visant sept décisions qui n’ont pu être débattues.

Idem à Asnières, où les ordres du jour, les budgets à voter, les documents devant être délibérés sont souvent mis à la disposition des élus au moment du conseil municipal, et non avant, comme la loi l’oblige. Pire, il leur arrive aussi d’être modifiés au moment de la délibération. De nombreux recours ont été déposés par l’opposition afin de dénoncer ce genre de pratiques, notamment pour l’attribution de marchés publics. Cela a été le cas lors du vote concernant l'approbation du choix du délégataire chargé de la construction et de l'exploitation du futur parc de stationnement de l’hôtel de ville d’Asnières ainsi que l'acceptation du contrat de concession de travaux et de service public. Un projet qui se chiffrait à environ 20 millions d’Euros. Les documents et les modalités de passation du marché ayant été modifiés avant la délibération, les élus de l’opposition se sont sentis abusés et deux d’entre eux ont déposé un recours devant le tribunal administratif (Le Parisien du 8 mai 2006, « Nouveau recours contre le parking »).

A Asnières toujours, l’ « affaire Irasnières » a été le feuilleton de l’année 2005 : la mairie avait organisé début 2005 une exposition sur la culture iranienne intitulée « A la découverte de l'Iran » et avait invité l’ambassadeur de la République islamique d'Iran en France, ce qui a été condamné entre autres par Amnesty International et a indigné l’ensemble de l’opposition locale. Aucune information, aucun document n’ont pu être obtenu des élus de la majorité quant au financement de l’exposition et de la réception de l’ambassadeur, à laquelle les Asniérois, bien que l’ayant financée par leur impôts, n’ont pas eu le droit d’assister. Or au cours d’entretiens publics, le maire d’Asnières et son directeur de cabinet, Francis Pourbagher, par ailleurs d’origine iranienne, se contredisent au sujet du financement de l'exposition et de la réception : le premier affirme sur France 3 dans l’émission « Domaine Public » du 6 février 2006 qu’elle s'était déjà déroulée dans de nombreuses villes et que « toutes les villes ont payé plus que nous, c'est nous qui en avons payé le moins.» Il affirme aussi que « la ville n'a rien payé pour l'exposition, si ce n'est la mise à disposition des salles et le gardiennage. » (Le Parisien du 14 novembre 2005, « Le DVD qui crée la polémique ») Son directeur de cabinet s’est lui exprimé à l’occasion d’une émission diffusée le 4 août 2005 à la télévision de la République Islamique d’Iran, et a déclaré avoir mis à disposition de l’Ambassade d’Iran toutes les ressources de la Ville, « sans économiser sur rien » et qu’une « aide financière a été apportée à l’Ambassade d’Iran ». Qui dit vrai ? Une chose est sure : chacun affirme ce qui l'arrange.

De nombreux autres projets souffrent cruellement de transparence, notamment les projets d’urbanisme, comme la revisite du PLU (Plan Local d’Urbanisme), les concertations avec les habitants, qui sont faites à minima. A Asnières, l’immeuble des Gentianes dont la démolition a été décidée sans concertation est un triste exemple (Le Parisien du 4 mars 2005, « Les habitants des Gentianes entre colère et résignation »). De nombreux habitants sont relogés dans des conditions moins favorables (logements plus petits, moins bien situés…). Par ailleurs, un permis de construire pour un temple de Témoins de Jéhovah a été accordé sans aucune concertation. Idem pour la construction de la nouvelle mosquée d’Asnières : le POS (Plan d’Occupation des Sols, aujourd’hui transformé en PLU) a été modifié sans concertation. Seuls les communautés de religion musulmane ont été informées dans un tract intitulé « Algérie, Maroc, Tunisie et les autres... avec Patricia Chavinier », du nom de la candidate UMP qui était en campagne lors des dernières cantonales, ce qui révèle au passage la pratique d’une politique communautariste au sein de la majorité municipale. Ce tract affirmait par ailleurs que « La ville d'Asnières apportera son aide financière à ce projet » (Le Parisien du 12 octobre 2004, « Asnières aura sa grande mosquée »), ce qu’elle n’a bien entendu pas pu faire.

Une caractéristique commune aux maires du système, à Asnières, à Puteaux ou à Levallois est la présence de « supporters » dans les « tribunes » du conseil municipal. Ces « supporters », qui sont pour la plupart des retraités ou du personnel municipal, ont pour fonction de chauffer la salle et d’intimider les élus de l’opposition dès qu’ils prennent la parole. Leur role est aussi de monopoliser les sièges disponibles au public, ce qui restreint ainsi considérablement l’accès aux citoyens qui auraient la fâcheuse idée de chercher à savoir ce qui se décide au sein de la mairie. A Puteaux par exemple, « «Ils appellent dans les services et demandent au personnel municipal de venir», raconte un employé. A 49 places, le seuil autorisé par le règlement incendie est vite atteint. » (cf. Paris Obs du 30 octobre 2003, « Un maire pas très Net »). Un autre jour, c’est le conseil des jeunes qui prend toute les places dans la tribune… 

A Puteaux toujours, Christophe Grébert, l’auteur du blog contestataire MonPuteaux.com est vraisemblablement la figure emblématique de ceux à qui on n’autorise pas l’accès au conseil municipal. Peu après l’ouverture de son blog, et la publication d’un premier compte-rendu de conseil municipal, Charles Ceccaldi-Reynaud a fermement décidé de lui interdire l’accès au conseil municipal. Il a d’abord commencé par remplir la tribune publique par ses « supporters », puis par embaucher des gros bras pour lui interdire l’accès à l’hôtel de ville. Cette dernière décision n’est pas passée inaperçue car elle s’est ensuivie d’un mouvement de solidarité de la part de l’ensemble des élus socialistes et verts du département, qui se sont déplacés un soir de conseil municipal putéolien, afin d’assurer la participation de Christophe Grébert, mais en vain (cf. Libération du 20 octobre 2003, « Puteaux: un PS indésirable au conseil municipal »et cf. MonPuteaux.com, « le coup de force du maire lors du conseil municipal du vendredi 17 octobre 2003 »). Les Ceccaldi-Reynaud père et fille justifient cette décision au nom de « l’ordre public » et de la sécurité de l’internaute: « La violence de ses écrits irritent ceux qui me soutiennent, dit le maire. Je n’ai pas envie qu’une bagarre éclate dans les tribunes, à 8mètres au-dessus de la salle, et que quelqu’un passe par-dessus bord! » (Paris Obs du 30 octobre 2003, « Un maire pas très Net »)



La politique pratiquée par le système a fait de nombreuses victimes, de nombreux mécontents, ce qui a déclenché des affaires et des événements compromettants pour le système. L’art de la contre-com consiste donc à étouffer l’affaire. Diverses techniques ont pu être observées en Sarkoland. 

Le principe : dès qu’un élu du système est attaqué sur un sujet particulier, il fait diversion en faisant grand bruit d’un autre événement ou d’une information contre-attaquant.

A Asnières, Manuel Aeschlimann et son équipe pratiquent sans retenue la diffamation et la calomnie, dès que la mairie est attaquée sur un sujet sensible, en envoyant un communiqué de contre-attaque sur un sujet différent. L’affaire Mayetic est l’illustration-type qui, ayant fait peu de bruit dans les médias traditionnels, s’est emparée de la blogosphère pour être connue du grand public. Le premier acte de l’affaire, qui remonte à novembre 2003, et qui a déjà été relaté (voir plus haut), a conduit à la condamnation du directeur de la communication de la mairie d’Asnières pour diffamation, le 6 septembre 2005 exactement.

A la suite de cette affaire, Marianne (Marianne du 1 au 7 juillet 2006, « Western municipal dans le 9-2 » ) révèle que « Le 7 septembre, au lendemain de ce jugement qui met l’équipe de Manuel Aeschlimann en difficulté apparaît une note publiée sous l’entête « DCRG » (Direction centrale des renseignements généraux). Un document hallucinant qui reprend la totalité des accusations proférées par la mairie. » Cette note, ajoutée à une autre datant du 29 septembre 2005, ont été par la suite relayées par la plupart des médias nationaux comme France 3, Canal + ou Le Monde. De nombreux témoignages de journalistes du Monde, Marianne et de L’Express affirment que c’est le maire d’Asnières lui-même qui aurait transmis les notes aux médias ! (cf. blog de Bruno de Beauregard du 18 décembre 2006, « Retour de flammes ») Après enquête et demande de déclassification des notes par le juge en charge de l’affaire, il s’est avéré que la note du 29 septembre n’a jamais été rédigée par la DCRG. Le président de l’AZ Metro a déposé plainte pour faux et usage de faux (cf. AFP du 15 décembre 2006, « Plainte pour faux et usage d'une note des RG présumée falsifiée »). Au titre des victimes collatérales de cette affaire, notons que ce dernier a du mettre en liquidation judiciaire son entreprise, Mayetic, ses clients l’ayant abandonné suite à la médiatisation de cette affaire.

Une forme particulière de la technique de l’écran de fumée est la théorie du complot, qui consiste à se déclarer victime d’un coup monté afin de détourner l’attention du reproche formulé. L’affaire Clearstream illustre cette méthode pratiquée par Nicolas Sarkozy. En juin 2004, le juge Van Ruymbeke reçoit un fichier Clearstream impliquant de nombreux hommes politiques, dont Nicolas Sarkozy. Ce dernier affirme qu’il n’a jamais rien su de cette affaire avant que la presse n’en parle et n’a cessé de crier à la machination. Il accuse Dominique de Villepin, alors ministre de l’Intérieur, d’avoir enquêté dans son dos, afin de vérifier la conformité des listings, et lui reproche de ne pas l’avoir mis au courant de l’existence de ces listings compromettants. Pourtant, à lire les confessions de l’auteur présumé des faux listings, Imad Lahoud, dans « Le coupable idéal », ce dernier aurait rencontré Nicolas Sarkozy en septembre 2004, soit bien avant que la presse n’étale l’affaire. Il nie aussi avoir été l’auteur des faux listings et affirme même qu’il aurait été en contact, depuis 2003, avec un commandant de la DCRG, chargé de mission auprès de Bernard Squarcini, à l'époque directeur-adjoint des RG et l'un des plus proches de Nicolas Sarkozy.

A Asnières, Manuel Aeschlimann joue lui aussi la victime en déclarant « On m'a traité de con en plein conseil municipal, encore faudrait-il parfaire la démonstration. » (Libération du 27 novembre 2006, « La dérive procédurière gangrène la mairie d'Asnières »), au sujet de ses relations avec les conseillers municipaux de l’opposition. Même procédé à Levallois en ce qui concerne les 230 000 Euros d’intérêts que réclame l’Etat à Patrick Balkany. Il s’agit des intérêts des salaires des emplois fictifs, salaires qu’il aurait déjà remboursé (environ 523.000 Euros), et qui correspondaient à l’emploi de trois agents municipaux de Levallois à son usage personnel, et ce pendant plusieurs années au début des années 90. Le Fisc lui réclame désormais le paiement des intérêts, qui s’accumulent depuis. « "Les intérêts qu'on nous réclame s'apparentent à une double peine, assure Isabelle Balkany, première adjointe à Levallois. Ce n'est pas de notre faute si la procédure judiciaire a duré dix ans. En plus, ces intérêts sont calculés au taux légal majoré de cinq points. C'est de l'usure." » (Le Monde du 13 février 2007, « M. Balkany, maire de Levallois, espère obtenir la remise gracieuse d'une dette »). Ainsi, estimant avoir déjà purgé sa peine, Patrick Balkany a fait voter en février 2007 par son conseil municipal la demande solennelle au ministre des finances d’une remise de peine gracieuse.

Pour Manuel Aeschlimann comme pour les Balkany, endosser le rôle de la victime est une manière de détourner l’attention et de faire écran de fumée sur leurs agissements qui méritent pourtant qu’on leur consacre beaucoup plus d’attention.

Cette technique consiste à rechercher un responsable à un événement ou à un bilan peu avantageux en proposant le plus souvent un débat de substitution. Après l’épisode des banlieues de novembre 2005, une poignée de parlementaires et de conseillers en communication de Nicolas Sarkozy détournent l’attention, en affirmant que les émeutes seraient solubles dans la polygamie des ménages africains installés en France. De même, l’incident du train express régional du 1er janvier 2006, où une centaine de délinquants ont terrorisé et dépouillé les passagers, seraient imputables à la politique tarifaire de la SNCF. Enfin, par deux fois, en juin et en septembre 2006, Nicolas Sarkozy, dont la politique de lutte contre la délinquance est contestée, suite aux émeutes des banlieues fin 2005, accuse le tribunal de Bobigny, dans des déclarations à la presse et des communiqués où tous les amalgames sont permis, de relâcher les délinquants et leur reproche leur laxisme sur de nombreuses affaires. Au-delà de la remise en cause de l’indépendance de la justice, ses propos ont choqué les juges et une bonne partie de la classe politique qui dénonce l’instrumentalisation de la justice, utilisée comme bouc-émissaire afin de justifier un bilan très discutable de la politique de sécurité menée par le ministre de l’Intérieur depuis 2002.

A Asnières, Manuel Aeschlimann n’est pas en reste, car dans la même période, alors qu’il était convoqué par le tribunal de Nanterre dans une affaire de détournement de fonds publics et qu’il allait de source proche du dossier vraisemblablement être mise en examen (cf. Le Parisien du 1er septembre 2006, « Le député-maire d'Asnières mis en examen »), le député-maire ne s’est pas présenté devant le juge, invoquant « une crise de sciatique » (cf. 20 Minutes du 26 juin 2006, « Le maire d'Asnières cafouille »). Mais il a envoyé une lettre au juge, qu’il a immédiatement rendue publique, lui demandant de le mettre en examen pour les mêmes motifs que sa directrice de la communication Fabienne Van Aal, fille du maire UMP de Neuilly-sur-Seine Louis-Charles Bary, qui avait été mise en examen quelques jours plus tôt pour «complicité d'atteinte à la liberté d'accès et à l'égalité des candidats dans les marchés publics ». Dans ce même courrier, Manuel Aeschlimann dénonce ouvertement les méthodes du travail du juge et lui lance des menaces à peine voilées. Il dénonce ainsi « l'insécurité juridique qui pèse sur les maires (...), une instruction entachée de multiples irrégularités et soutenir une personne non fautive mise en examen » (20 Minutes du 27 juin 2006, « La mairie d'Asnières se justifie »). L'USM (Union des Syndicats de la Magistrature) estime que la missive du député-maire d'Asnières se situe exactement dans la droite ligne de ce qui s'est passé à Bobigny : ce « n'est une fois de plus qu'une instrumentalisation de la justice », selon son président, Dominique Barella, qui ajoute « Au lieu de répondre sur le fond, on attaque. Le but, ce n'est pas d'avoir un dialogue avec le juge d'instruction, qui, lui, ne peut répondre publiquement. (…) Un maire ne supporte pas que ses proches soient mis en examen, c'est le système de la toute-puissance. C'est un élu proche du ministre qui considère que tout pouvoir doit être concentré dans les mains de l'exécutif. C'est ce que la politique peut créer de pire. » (Le Parisien du 29 juin 2006, « Les magistrats dénoncent les «menaces» du député-maire »

On peut s’étonner qu’un nombre important d’ « affaires » ou d’événements compromettants pour le système n’ait pas fait de bruit dans les médias, ou alors bien plus tard, alors que la riposte des intéressés était déjà prête. Quelques exemples :

- L’incident du train régional du 1er janvier 2006 (voir plus haut) n’a ainsi été révélé que 3 jours plus tard,

- Idem pour le bilan des voitures brulées de la nuit de la Saint-Sylvestre 2005 et 2006.

- Fin septembre 2006, 220 policiers font une descente dans la cité des Tarterêts. Ils arrêtent 12 personnes suspectées d'avoir violemment tabassé deux CRS. Ce spectacle, orchestré sous l'oeil des caméras, ouvre tous les journaux télévisés. Trois jours plus tard, le «guet-apens» invoqué au début est récusé par les enquêteurs et 7 des 12 personnes arrêtées sont disculpées. Jean-Pierre Pernaut, sur TF1, expédiera l’épilogue en huit secondes chrono, PPDA attendra... sept jours l'occasion d'une autre descente, pour l'évoquer. (cf. le Nouvel Obs du 25 janvier 2007, « Comment Sarko met la presse sous pression »)

- Présentation des chiffres de la délinquance au journal de 20 heuressur TF1, le 19 octobre 2006. Devant un Patrick Poivre d'Arvor impassible, le ministre de l'intérieur affirme : "la délinquance a reculé dans chacun des départements de la région parisienne, y compris la Seine-Saint-Denis, et elle a reculé fortement". Or, le préfet de Seine-Saint-Denis Jean-François Cordet, avait publié le 20 septembre une note dans Le Monde, qui signale que les violences aux personnes ont augmenté dans ce département de 14% et les vols avec violences de près de 23% au premier semestre.

- Durant la campagne présidentielle, les médias ont fait grand bruits des soit disant bourdes de la candidate du PS, mais le même traitement n’a pas été accordé à président de l’UMP, alors qu’il a commis au moins autant de bourdes : sur RMC, début mars, il évalue à quatre le nombre de sous marins nucléaire d’attaque (alors qu’il y en a cinq), puis il parle d’ « ethnie » et non de religion, pour qualifier les chiites ou les sunnites

- A Asnières, l’affaire « Mayetic » et des fausses notes des RG, très compromettante pour le maire d’Asnières, car il aurait lui-même distribué ces notes à la presse, dont une serait fausse, mais compromettante aussi pour Nicolas Sarkozy en tant que responsable des RG en sa qualité de ministre de l’Intérieur, n’a jamais dépassé le territoire médiatique du département des Hauts-de-Seine, alors qu’il s’agirait d’un scandale à fort potentiel explosif.

- A Asnières encore, l’affaire de viol collectif au sein de l’« internat de la réussite », cher à Nicolas Sarkozy dans les Hauts-de-Seine (voir plus haut), a du être révélée par une association asniéroise, pour qu’un média en parle (article dans Le Parisien, cf. Le Parisien du 8 février 2006, « L'internat de la réussite rattrapé par la violence »), mais cette affaire n’a fait étrangement aucun bruit dans les médias télévisés

- A Asnières toujours, 10 000 exemplaires de l’ouvrage « A l’ombre du Coran », reconnu par de nombreux spécialistes de l’Islam comme étant l’un des textes phares de l’Islam radical, traduits et publiés sous l’autorité du président de l’association cultuelle de la mosquée d’Asnières,ont été retrouvés dans une cave de la mosquée, quelques jours après que Sarkozy ait posé la première pierre de la nouvelle mosquée d’Asnières, en octobre 2004. (cf. Le Parisien du 14 octobre 2004 « Quand la mosquée publiait des textes extrémistes »)

Pourquoi autant de sujets que les médias n’ont pas ébruités ? Une première raison est due au fait que le système produit souvent lui-même les images qu’il souhaite médiatiser. Rappelons que la société ETC produit elle-même les reportages sur Nicolas Sarkozy, qui sont quasiment les seules images disponibles du candidat. En effet, les reporters n’ont en général pas accès à ces meetings (les journalistes sont choisis) et n’ont plus que recours aux images de ETC (cf. Le Monde du 7 novembre 2006, « L'UMP, productrice de l'image Sarkozy »). La chaine Public Sénat a ainsi retransmis le discours du président de l'UMP à Périgueux, le 12 octobre, uniquement avec les prises de vue réalisées par ETC, France 3 avait diffusé un reportage dont 80% des images provenaient de la société. Au niveau local, on peut imaginer que les mêmes procédés sont employés pour constituer les magazines municipaux, à la différence que la mairie produit et publie elle-même ses informations.

Ce verrouillage de l’information est aussi du à une certaine forme de complaisance envers le système de la part des médias « amis ». Un petit coup de fil à TF1, au sujet d’un reportage programmé mais qui ne serait pas du gout du candidat UMP (squat de Cachan, régularisation d’enfants sans papiers, etc.) et l’affaire est classée, le reportage ne sera pas diffusé, malgré un audimat potentiellement élevé (cf. « Les faiseurs de rois » de Hélène Risser). Que les médias amis soient complaisants, même si c’est difficile à tolérer au sein d’une démocratie, on peut encore le comprendre. Mais la presse « indépendante » parait elle aussi accorder au système le même traitement de faveur que les médias amis. Pourquoi est-elle aussi peu agressive envers Sarkozy et ses lieutenants ? En réalité, le système a su se rendre complice des médias (cf « Nicolas Sarkozy, enquête sur un homme de pouvoirs » de Frédéric Charpier), en établissant une proximité avec les journalistes, en les associant à leur vie politique, en leur apportant des informations intéressantes, permettant ainsi d’assurer de gros tirages ou de gros audimats. Les élus du système sont parvenus à se rendre indispensables : rappelons cet épisode très important de l’affaire Mayetic à Asnières, où Manuel Aeschlimann, selon plusieurs témoignages de journalistes, aurait distribué aux médias de ses propres mains un dossier contenant les notes des RG, desquelles vont découler des articles dans Le Monde et Le Figaro, ainsi que deux reportages sur France 3 (Le 19/20) et Canal + (Le vrai journal).

Cette proximité avec les journalistes dans le traitement (Nicolas Sarkozy impose le tutoiement, ce qui crée un climat d’empathie, etc.), en réalité illusoire car les journalistes ne sont jamais associés aux sujets importants, lui permet de franchir facilement certaines limites et de les intimider ou même de les menacer s’ils ont publié un article qui lui aurait déplu : par deux fois, Sarkozy aurait pointé publiquement un index vengeur sur un journaliste du Nouvel Obs, Hervé Algalarrondo en lui disant: « Je ne l'oublierai pas! Je ne l'oublierai pas! » Quoi donc ? Le numéro titré « Sarko secret », qui lui avait déplu. (cf. Le Nouvel Obs du 25 janvier 2007, « Comment Sarko met la presse sous pression »)

Des tentatives d’ « intimidation violentes » venant de l’UMP à l’égard de certains journalistes de TF1ont été révélées par l’acteur Philippe Torreton, compagnon de la présentatrice du 20 heures de TF1 Claire Chazal, lors de l’émission « en aparté », sur Canal + le 15 février 2007. L’acteur a dénoncé la « façon éhontée et unique dans l’histoire de la République » avec laquelle nombre de grands médias soutiennent Nicolas Sarkozy. Il a souligné des « amitiés qui sont assez intolérables », une véritable « mafia » prochaine, dit-il. Il a mentionné des coups de téléphone « sans arrêt » pour mettre la pression sur certains journalistes « avant des émissions » ou « après des interviews ».

Le 13 octobre 2004, alors qu’il allait être interviewé par Stéphane Paoli pour son traditionnel 7/9 sur France Inter, Nicolas Sarkozy attendait en dehors du studio, en écoutant le journal de 7 heures 30, qui passait l’interview d’un élu grenoblois qui déplorait la nomination d’un proche de Alain Carignon comme préfet. Nicolas Sarkozy se sent alors accusé et entre dans le studio, en plein direct, en piquant une colère noire. Expulsé du studio, il menace alors de partir avant de se résoudre à rester (cf. « Nicolas Sarkozy, enquête sur un homme de pouvoirs » de Frédéric Charpier). A France Inter, on ne se souvient pas avoir vu un ministre agir de la sorte. Nicolas Sarkozy croirait-il que tout lui est permis ? Ce qui est certain, c’est qu’il innove dans sa manière de communiquer et peut se vanter de bousculer les codes de conduite, vis-à-vis de la justice, et aussi vis-à-vis des médias.

Mais son attitude excessive ne se réduit pas à quelques intimidations, car le système contribue aussi à la prise de certaines décisions, quand à la nomination ou au licenciement de journalistes des médias « amis ». Ainsi Alain Genestar aurait-il été licencié parce qu’il a décidé de publier des photos de Cécilia en compagnie de Richard Attias, sans l’aval de son directeur et ami très proche de Nicolas Sarkozy, Arnaud Lagardère ? Réponse de l’intéressé : « NicolasSarkozy [...] compte beaucoup d'amis dans les médias [...]. C'est sa manière, d'ailleurs très habile, de verrouiller, d'une certaine façon. Il ne menace pas [...]. Mais il a une conception des relations avec ceux qui deviennent ses proches qui fait qu'en cas de manquement ceux-ci peuvent être accusés de trahison. Le plus étrange, ce n'est pas d'ailleurs qu'il agisse ainsi mais que ça marche. Je ne suis certainement pas un martyr. J'ai fait mon travail. J'ai été viré [...]. Je crois que les circonstances de mon licenciement constituent une information.» (Le Nouvel Obs du 25 janvier 2007, « Comment Sarko met la presse sous pression ») Une chose est sure cependant : plus aucune image compromettante pour Sarkozy n’a été publiée depuis.

Dans son ouvrage « Nicolas Sarkozy, enquête sur un homme de pouvoirs », Frédéric Charpier s’interroge sur l’étonnant départ précipité du directeur du service politique de l’AFP, Pierre Favier, en 2005. Le PDG de l’AFP d’à l’époque, Bertrand Eveno, ne trouvant pas de raison professionnelle pour justifier son départ, lui fait comprendre qu’il faudrait qu’il parte et est prêt à lui donner ce qu’il souhaite pour qu’il s’en aille. Quelques semaines plus tard, Bertrand Eveno démissionne le jour du vote de la motion de défiance. Il a retrouvé un poste quinze jours plus tard… dans le groupe Lagardère. En décembre 2005, le nouveau patron de l’AFP se nomme Pierre Louette, le même qui, entre 1993 et 1995, s’occupait à Matignon de la presse et la communication, et entretenait des relations étroites avec Nicolas Sarkozy, le porte-parole du gouvernement d’à l’époque.

Ces exemples illustrent l’exercice d’une pression de la part du système sur certains médias, et ont conduit à l’établissement d’un climat de crainte chez les journalistes et au sein de la presse en général envers la personne de Nicolas Sarkozy et son système. Cette crainte se traduit dans la presse par une forme d’auto-censure, ce qui peut expliquer en partie pourquoi la plupart des informations compromettantes ne sont pas ébruitées.

Mais l’intimidation et la censure du système ne se limitent pas à ces formes « légères », car elles sont aussi exercées de manière moins subtile, beaucoup plus directe.

Au registre des manœuvres d’intimidation, l’auteur des sites contestataires MonPuteaux.com et Mon92.com, Christophe Grébert à Puteaux est vraisemblablement celui qui en a le plus subit, particulièrement pour lui empêcher l’accès au conseil municipal, mais aussi pour lui faire abandonner son activité contestataire bien gênante pour la famille régnant sur Puteaux, les Ceccaldi-Reynaud. En 2004, la mairie a porté plainte contre lui pour diffamation parce qu’il avait reproduit sur son site un article du « Parisien » qui affirmait qu’une ex-employée de la municipalité avait été licenciée abusivement (cf. MonPuteaux.com, 30 mars 2006, « La Ville de Puteaux poursuit en justice LE PARISIEN et MonPuteaux.com »). Le bloggeur a été relaxé en première instance, mais alors que plus de 44 000 Euros en frais d’avocats ont déjà été déboursé par la mairie (cf. MonPuteaux.com, 30 mars 2006, « La mairie de Puteaux dépense plus de 44.000 euros pour attaquer MonPuteaux.com en justice »), celle-ci a décidé de faire appel.

La pratique de l’intimidation en déposant plainte pour diffamation n’est pas une spécialité de la mairie de Puteaux. A Asnières, cette pratique est très courante envers toute forme d’opposition : élus d’opposition, élus de la majorité passés à l’opposition, associations, simples citoyens. Tout ce qui déplait au maire est systématiquement attaqué en justice, la plupart du temps pour diffamation, mais aussi pour droit de réponse non publié. A quelques exceptions près, toutes les décisions de justice débouchent sur un non-lieu. Il s’agit en réalité d’une technique appelée le « slapping » aux Etats-Unis, utilisée à la base par des grandes entreprises, qui consiste à mener des poursuites judiciaires contre tout détracteur (en général un petit organisme, une association ou un simple citoyen) afin de l’affaiblir financièrement car il n’aura pas les moyens de se défendre jusqu’au bout (Le Monde citoyen, le 11 septembre 2006, « Le « slapping » ou comment bâillonner le citoyen »). Ainsi, même si la mairie perd ses procès (ce qui est quasiment systématique), l’opposant sera tellement affaiblit qu’il disparaitra naturellement. De nombreux états américains ont déjà interdit cette pratique.

A Levallois aussi, le couple Balkany a tenté de faire taire un élu municipal en tentant de supprimer son site « www.Levallois.tv », qui dénonce les agissements anti-démocratiques du maire. Le couple d’élus a déposé plainte contre le site et a demandé sa fermeture parce que sa page d’accueil laissait suggérer qu’il s’agissait du site officiel de la mairie. Cette demande a été déboutée par le tribunal, qui a condamné le maire à 1 000 Euros d’amende (cf. Le Nouvel Obs du 5 février 2007, « Patrick Balkany perd contre un site internet d'opposition »). L’appel est en cours.

Le maire d’Asnières va encore plus loin car depuis 2006, un huissier de justice est systématiquement présent (et payé par le contribuable asniérois) a chaque séance du conseil municipal pour consigner toute « intervention insultante, menaçante et outrageante, tant par le public que par les élus ». Des micros sont disposés partout dans la salle, y compris en direction du public, au cas où des noms d'oiseaux lui échapperaient. Sébastien Pietrasanta, chef de file du PS asniérois, décrit un climat bien particulier : « La mairie dépose plainte sur plainte pour essayer de nous intimider. Je ne vais pas dire que ça marche, mais très honnêtement, on vit dans la terreur: des gens se cachent pour me parler. » (cf. Libération du 27 novembre 2006, « La dérive procédurière gangrène la mairie d'Asnières »)

Rappelons aussi dans le même registre l’odieuse campagne de diffamation qu’avaient orchestré Charles et Joëlle Ceccaldi-Raynaud pour se débarrasser de Christophe Grébert, l’accusant ouvertement de pédophilie. Ils ont été tous deux condamnés en première instance à 8 000 Euros d’amende pour propos diffamatoires (voir plus haut).

Rappelons aussi que la ville d’Asnières, tout comme celle de Puteaux ou de Levallois, se trouvent dans les Hauts-de-Seine, département de France, pays démocratique, qui défend la liberté d’expression. Comment est-il possible que des élus puissent aussi librement exercer une telle pression sur leurs administrés ? Nicolas Sarkozy n’avait-il pas récemment pris position pour la liberté d’expression en déclarant "Je préfère un excès de caricature à une absence de caricature" au moment du procès opposant Charly Hebdo et le Conseil Français du Culte Musulmans au sujet des caricatures de Mahomet ?


Pourquoi alors a-t-il empêché in extremis la distribution des 25 000 exemplaires déjà imprimés de la biographie de Cécilia Sarkozy « Cécilia Sarkozy, entre le cœur et la raison », en convoquant l’éditeur Vincent Barbare au ministère de l’Intérieur ? (cf. « Nicolas Sarkozy, enquête sur un homme de pouvoirs » de Frédéric Charpier) Pourquoi se permet-il d’appeler des chaines de télévision pour leur suggérer de ne pas inviter telle personne (cf. Le Vrai Journal de Karl Zéro d’avril 2006 dans lequel Nicolas Dupont-Aignan aurait du être invité mais aurait été annulé par l’animateur lui-même, suite à un conseil donné par un proche de Sarkozy) ? Pourquoi le dernier album de Joey Starr a-t-il été censuré, alors qu’il contenait un titre « Sarkozy tiens ta femme et tu tiendras la France » ? (Sarkostique du 2 novembre 2006, «Joey Starr censuré parce qu'il égratigne Sarkozy »)

La complaisance des médias n’expliquerait donc pas tout. A Asnières, à Puteaux, tout comme à Suresnes, ou au Plessis-Robinson ou encore à Châteaudun, dans tous des fiefs UMP faisant partis du système, les tribunes de l’opposition sont supprimées dans le journal municipal depuis début 2007. Raison invoquée par les maires : tenir compte de la règlementation (ils font référence à des lois obsolètes) qui indiquerait qu’en période de campagne électorale, les publications des tribunes des groupes du Conseil municipal doivent être suspendues. Or au Plessis-Robinson comme à Châteaudun, les maires ont été obligés par le tribunal administratif de publier les tribunes de l’opposition (Le Parisien du 16 mars 2007, « Le parquet rétablit les tribunes de l'opposition municipale » et asnierois.org du 16 mars 2007, « Le maire n’a pas le pouvoir de supprimer ou censurer la tribune de l’opposition »).

A Puteaux, les tribunes libres de l’opposition ont été finalement rétablies en février 2007, mais cela n’a pas empêché certaines d’avoir été censurées par le passé. En aout 2004, une tribune du PS qui devait être publiée dans le magazine communal "Puteaux infos" de juillet/Août 2004, a été censurée par la majorité municipale, ce qui est une atteinte à la démocratie (la loi du 27 février 2002 relative à la démocratie de proximité oblige une collectivité, lorsqu’elle diffuse un journal municipal, a réserver un espace à l'expression des conseillers n'appartenant pas à la majorité municipale).

A Neuilly-sur-Seine enfin, rappelons que la municipalité n’a pas de journal municipal officiel, car elle a décidé de sous-traiter la rédaction du magazine d’information municipal à une entreprise privée (cf. « Nicolas Sarkozy ou le destin de Brutus » de Victor Noir). La majorité argumente alors qu’il n’y a pas de possibilité pour aucun groupe politique de s’exprimer puisque le magazine est indépendant, donc il ne dépend pas de la municipalité. Pourtant, la tribune est signée par le maire. On voit comment la mairie de Neuilly contourne les lois. Mais son argument est-il acceptable ? (cf. MonNeuilly.com, 7 juin 2005, « A Neuilly-sur-Seine, l’opposition n’a pas la parole »)

Une autre forme de censure est régulièrement pratiquée lors des séances du conseil municipal, au moment du débat démocratique. Le droit au débat entre la majorité et l’opposition est fondamental en démocratie. Pourtant, à Corbeil-Essonnes par exemple, fief de Marcel Dassault, « Lors des conseils municipaux transformés en joutes oratoires, il est fréquent que le maire, agacé par le raffut, coupe les micros. » (Paris Obs le 14 décembre 2006, « Enquête à Dassault-ville ») A Asnières, on va toujours un peu plus loin : comme les micros deviennent inaudibles ou sont coupés par le maire au moment où les conseillers municipaux prennent la parole sur des sujets qui fâchent, les élus d’opposition ont désormais recours à un porte-voix pour se faire entendre. Une pratique qui n’est pas du gout du maire Manuel Aeschlimann, qui, lors du conseil municipal de septembre 2006, avait organisé l’intervention de la police municipale, suivie de la BAC, « considérant que le rétablissement de l'ordre et donc de la sérénité doit présider aux débats ». Une pratique qui a révolté et fait fuir l’opposition. (cf. Libération du 27 novembre 2006, « La dérive procédurière gangrène la mairie d'Asnières »)

La suppression de toute forme d’expression de l’opposition, par la suppression ou la confiscation des panneaux d’affichage libres. Cette méthode, qui fait sourire de prime abord, est une très grave atteinte à la démocratie car les panneaux d’affichage libres sont, avec les tribunes d’opposition publiées dans le magazine municipal, les seuls moyens d’expression qu’une municipalité respectueuse de la loi a le devoir de fournir à l’opposition. Les panneaux libres sont destinés à l’affichage d’opinion et à la communication des associations à but non lucratif. Les supprimer ou les confisquer est donc un déni de démocratie. Or à Levallois, une des premières mesures qu’a pris Patrick Balkany lors de son premier mandat municipal en 1983 a été de supprimer les quarante panneaux d’affichage libres (cf. Le Nouvel Obs N° 979 du 12 août 1983, « Les caprices de Balkany »). A Neuilly-sur-Seine, un seul panneau d’affichage libre est disponible… 

A Asnières, la ville dispose de 90 panneaux d’affichage libre, mais la mairie les confisque. Témoignage de l’élu municipal PS à Asnières, Sébastien Pietrasanta sur son blog (cf. blog du 5 février 2007, « affichage et liberté d’expression ») :« Chacun a pu constater que les panneaux d'affichage libres étaient "squatés" par la municipalité. Plusieurs employés municipaux sont payés pour coller plusieurs fois par jour des affiches municipales. Tout autre affichage est difficile voir impossible durant la semaine. » On dénombrerait en effet 3 véhicules et 5 employés municipaux qui tourneraient toute la journée et colleraient 24 heures sur 24 sur les panneaux « libres », selon Philippe Petit, un membre de l’association du Front de Libération des Panneaux (F.L.P.L.A.), qui a vu le jour à Asnières afin de dénoncer cette entorse à la démocratie. Il fait également remarquer que « les moyens municipaux utilisés à cette fin sont hors de proportion avec ceux des structures partisanes ou associatives. » (cf. asnierois.org, 25 septembre 2006, « Les affiches de Bayrou masquées par la mairie d’Asnières »). En corollaire, Sébastien Pietrasanta constate une inégalité de traitement des candidats à la présidentielle : « Les associations ou les autres partis politiques n'arrivent pas à coller leurs affiches sur les panneaux censés être libres. Les difficultés sont réelles sauf pour l'UMP. En effet, j'ai encore constaté que les employés municipaux recollaient les affiches des autres, les miennes surtout, par des affiches municipales mais qu'ils laissaient bien en évidence les affiches de N. Sarkozy. » Philippe Petit confirme : « L’affiche de François Bayrou n’a pas tenu deux heures. Voilà qui est symptomatique du mépris dans lequel sont tenus les citoyens, en particulier les électeurs de François Bayrou. »

Afin de pouvoir réagir au plus vite à une information compromettante, le système se doit d’en prendre rapidement connaissance. Au sein du QG de sa campagne, ou même au Ministère de l’Intérieur (?), Nicolas Sarkozy a probablement une cellule qui scrute en temps réel les informations publiées par les médias, y compris sur le net et la blogosphère, qu’il ne contrôle pas. On peut s’étonner par exemple de la rapidité avec laquelle il a réagi, alors qu’il était à Madrid en février 2007 (cf. Europe 1, 28 février 2007, « Nicolas Sarkozy épinglé par le Canard enchaîné »), aux accusations que lui avait proféré Le Canard Enchainé au sujet de son appartement de l’ile de la Jatte.

De même, au niveau local, certaines municipalités scrutent en permanence les sites de l’opposition, qu’ils soient politiques, associatifs ou citoyens, à la recherche de la moindre information à caractère diffamatoire, afin de déposer plainte et affaiblir ainsi l’opposant en lui infligeant un procès très couteux pour l’opposant, mais pas pour la mairie, qui utilise les deniers publics pour assurer sa défense. (cf.asnierois.org, 2 septembre 2006, « Nouvelle rafale de plaintes en mairie d’Asnières »). A Puteaux, afin de « traquer » Christophe Grébert et de pouvoir réagir dans l’instant aux dénonciations lancées contre la mairie sur son blog, un employé de la mairie passe internet au crible tout au long de la journée. Ainsi, chaque jour, Charles Ceccaldi-Raynaud recevait un rapport des dépêches de Christophe Grébert. (cf. Paris Obs du 30 octobre 2003, « Un maire pas très Net »)




Dans un article datant du 27 novembre 2006 (Libération, « La dérive procédurière gangrène la mairie d'Asnières »), Renaud Lecadre, journaliste à Libération, s'interroge : « Manuel Aeschlimann (…) ne saurait-il faire que ça, communiquer et porter plainte ? » Cette question en dit long sur l’incroyable dépense d’énergie que le conseiller de Nicolas Sarkozy consacre à la com et aux procès dans sa ville. Mais elle pose aussi une question corollaire : l’action politique, ou l’action tout cours du député-maire ne se réduirait-elle pas à sa com ? Elisabeth Gourevitch, l’opposant socialiste aux Balkany à Levallois semble le confirmer : «La ville n'est pas forcément plus propre, mais, à force de dire qu'elle l'est, elle le devient. » (cf. Libération du 25 octobre 2001, « Balkany, tout le monde lui dit merci ») « « On ne s’est jamais senti autant en sécurité», martèlent les Levalloisiens. La délinquance a pourtant augmenté de 30% depuis le début de l’année. » (cf. Paris Obs du 22 novembre 2001, « L’élu marketing ») La communication du système est donc non seulement un moyen de séduire les électeurs, mais aussi de leur faire croire à une action politique.

Les résultats réels de cette politique apparente sont mauvais : gestion financière catastrophique, statistiques de plus en plus inquiétantes, des abus de tous genres, et l’on peut constater des dérives qui portent atteinte à la démocratie et aux valeurs de la République :

- atteintes à la démocratie : opacité dans la transmission des documents administratifs aux élus, dans la communication des statistiques aux administrés,

- atteintes à la liberté : à la liberté de la presse par l’exercice d’une pression, par intimidation, par l’appropriation d’une bonne partie des médias. A l’indépendance de la justice en l’instrumentalisant. A la liberté individuelle, en empêchant des citoyens d’assister au conseil municipal

- atteintes à l’égalité : par l’exercice de la censure, par des pratiques de népotisme, de favoritisme, pas le détournement des moyens publics, surtout financiers, pour mieux éliminer les opposants

- atteintes à la fraternité : par la volonté de concentrer tous les pouvoirs, toutes les richesses, par le mépris accordé à leurs administrés, le lien de solidarité est rompu. La politique du plus méritant est-elle la plus juste ? Si au moins cette politique était pratiquée… mais on ne la voit que dans la presse ou à la télé, pas sur le terrain…

Certains défendent le président de l’UMP en insinuant qu’il n’est pas responsable de la politique locale de ses lieutenants. Ainsi, au sujet de l’affaire Mayetic, Brice Hortefeux affirme que « le ministre d'Etat [Sarkozy] est complètement étranger, j'insiste COMPLÈTEMENT, aux déboires de ces chefs d'entreprise [...] peut-être victimes de déstabilisation ayant pour origine le cabinet de la mairie d'Asnières.» (cf. Libération du 27 novembre 2006, « Les RG au secours du maire ») Si cela est vrai, comment alors, en tant que chef de parti, en bon candidat respectueux de ses électeurs potentiels, peut-il accepter de telles brebis galeuses de la République ? Comment peut-il accepter leur soutien ? Et pourquoi ?

Or, Nicolas Sarkozy a lui-même choisi ces élus pour mettre en place, au sein du département des Hauts-de-Seine qu’il préside,les structures pilotes de sa politique de la France d’après. Il ne peut donc pas s’extraire de leur action, car il en est le principal initiateur. On peut donc lire dans la politique locale de ces élus les prémices de la politique qui nous attend si Nicolas Sarkozy est président. On peut donc s’inquiéter de ce que sera la France d’après : un pays entièrement entre les mains d’un clan, un pays où la justice sera aux commandes de la police, où l’opposition sera muselée, les médias contrôlés, au service de la propagande du clan de la majorité. On entend dire aujourd’hui : « il ne faut pas exagérer, cela ne peut pas arriver, pas en France, quand même ! » Comment peut-on être certain d’être plus malin que les électeurs allemands de 1933, ou que les révolutionnaires bolcheviques, ou que les Iraniens de la fin des années 70 ? Eux aussi voulaient en finir avec le régime en place, eux aussi voulaient une rupture qui faisait miroiter un avenir meilleur. Et pourquoi pas aujourd’hui en France ? « Nicolas Sarkozy, et tout devient possible… » …même le pire. C’est pourtant déjà le cas à Levallois, à Asnières ou à Puteaux… au tour de la France ?


Liste des références citées dans le dossier :

Ouvrage« Nicolas Sarkozy, enquête sur un homme de pouvoirs » de Frédéric Charpier, Editions Presse de la Cité

Article Le Parisien du 7 juillet 2004, « Les publicités contestées du magazine municipal »

Ouvrage « Nicolas Sarkozy ou le destin de Brutus » de Victor Noir, Editions Broché

ArticleL’Expansion de mars 2006, « Fièvre éditoriale chez les élus »

Article MonPuteaux.com, novembre 2006 « 25 personnes au service de la communication du maire de Puteaux »

Article MonPuteaux.com, octobre 2005, « La mairie de Puteaux dépense 1 million d'euros en prospectus »

Article Paris Obs du 14 décembre 2006, « Enquête à Dassault-ville »

Article Le Monde du 7 novembre 2006, « L'UMP, productrice de l'image Sarkozy »

Article MonPuteaux.com, décembre 2006, « Le mensonge écologique de « Puteaux Infos » »

Article et vidéo asnierois.org, « Petite promenade filmée à Asnières-sur-Seine »

Article Paris Obs du 22 novembre 2001, « L’élu marketing »

Article Le Nouvel Observateur du 23 septembre 2004, « Le « Figaro » de papy »

Article sur le blog de Sébastien Pietrasanta, du 22 octobre 2006, « Une lettre de Jean-Paul Huchon à Manuel Aeschlimann »

Récit de la diffamation contre Christophe Grébert, MonPuteaux.com

Affaire des corbeaux, le juridoscope d’asnierois.org

Article Le Parisien du 13 mars 2004, « Le magazine municipal condamné »

Affaire AZMetro, le juridoscope d’asnierois.org

Article Asnierois.org, « Collectif ''Assosendanger'': Victoire à l’extérieur 7 à 0 »

Dossier Observatoire National de la Délinquance, Bulletin annuel pour l’année 2006

Dossier de l’enquête de victimisation 2006 INSEE / OND

Article Marianne du 2 décembre, « Délinquance Leçon de maquillage »

Article et podcast Europe 1, 11 janvier 2007, « Les vrais chiffres des véhicules incendiés la nuit du 31 »

Article Le Nouvel Observateur du 11 novembre 1993 « Les cow boys de Balkany »

Article Le Parisien du 8 février 2006, « L'internat de la réussite rattrapé par la violence »

Article 20 Minutes du 21 mai 2006, « Mauvaises notes pour l’« internat réussite » »

Article Libération du 9 novembre 2005 « A Asnières c’est le maire qui chauffe les nuit »

Article AFP du 8 novembre 2005, « Face au ''comité asniérois de veille citoyenne'', création du CAFFAARD »

Article MonPuteaux.com du 5 novembre 2006 « Le "Service Citoyen Volontaire" : un SAC "sauce Sarkozy" lancé à Puteaux »

Article Le Parisien du 8 novembre 2006, « Trente jeunes testent le parcours républicain »

Article L’Express du 8 décembre 2006, « L’IGS : rapport, suite et fin »

Article NouvelObs.com du 30 mars 2007, « Deux jeunes hommes condamnés à quatre mois ferme »

Article asnierois.org,  11 mars 2005, « Courrier : une agression odieuse et révoltante »

Article asnierois.org, « Videosurveillance à Asnières : leurre ou réalité ? »

Article Libération du 25 mai 2004, « Puteaux : opposant amateur de roses s’abstenir »

Article Libération du 6 avril 2004, « Campagne sous surveillance à Asnières »

Article asnierois.org, 5 mai 2006, « Pratiquer l’affichage libre à Asnières se termine au poste de Police »

Article asnierois.org, 4 novembre 2005, « Asnières : moins de taux, plus d’impots »

Article AEL-Agir Ensemble pour Levallois, « Budget 2007 de Levallois-Perret un trompe-l’œil électoraliste »

Article L’Express du 6 février 2003, « Le système Balkany »

Article Le Parisien du 7 février 2007, « Huit élus d’opposition saisissent le préfet »

Article Le Parisien du 8 mai 2006, « Nouveau recours contre le parking »

Article Le Parisien du 14 novembre 2005, «Le DVD qui crée la polémique »

Article Le Parisien du 4 mars 2005, « Les habitants des Gentianes entre colère et résignation »

Article Le Parisiendu 12 octobre 2004, « Asnières aura sa grande mosquée » 

Article Paris Obs du 30 octobre 2003, « Un maire pas très Net »

Article Libération du 20 octobre 2003, « Puteaux: un PS indésirable au conseil municipal »

Article MonPuteaux.com, « le coup de force du maire lors du conseil municipal du vendredi 17 octobre 2003 »

Article Marianne du 1 au 7 juillet 2006, « Western municipal dans le 9-2 »

Article blog de Bruno de Beauregard du 18 décembre 2006, « Retour de flammes »

Article AFP du 15 décembre 2006, « Plainte pour faux et usage d'une note des RG présumée falsifiée »

Ouvrage "Le coupable idéal", Imad Lahoud, éditions Privé

Article Libération du 27 novembre 2006, « La dérive procédurière gangrène la mairie d'Asnières »

Article Le Monde du 13 février 2007, « M. Balkany, maire de Levallois, espère obtenir la remise gracieuse d'une dette »

Article Le Parisien du 1er septembre 2006, « Le député-maire d'Asnières mis en examen »

Article 20 Minutes du 26 juin 2006, « Le maire d'Asnières cafouille »

Article Le Parisien du 29 juin 2006, « Les magistrats dénoncent les «menaces» du député-maire »

Article Le Nouvel Obs du 25 janvier 2007, « Comment Sarko met la presse sous pression »

Article Le Parisiendu 14 octobre 2004 « Quand la mosquée publiait des textes extrémistes »

Ouvrage « Les faiseurs de rois » de Hélène Risser, éditions Privé

Extrait de l’émission « en aparté », sur Canal + le 15 février 2007 (invité Philippe Torreton)

Article MonPuteaux.com, 30 mars 2006, « La Ville de Puteaux poursuit en justice LE PARISIEN et MonPuteaux.com »

Article MonPuteaux.com, 30 mars 2006, « La mairie de Puteaux dépense plus de 44.000 euros pour attaquer MonPuteaux.com en justice »

Article Le Monde citoyen, le 11 septembre 2006, « Le « slapping » ou comment bâillonner le citoyen »

Article Le Nouvel Obs du 5 février 2007, « Patrick Balkany perd contre un site internet d'opposition »

Article Sarkostique du 2 novembre 2006, «Joey Starr censuré parce qu'il égratigne Sarkozy »

Article Le Parisien du 16 mars 2007, « Le parquet rétablit les tribunes de l'opposition municipale »

Article asnierois.org du 16 mars 2007, « Le maire n’a pas le pouvoir de supprimer ou censurer la tribune de l’opposition »

Article MonNeuilly.com, 7 juin 2005, « A Neuilly-sur-Seine, l’opposition n’a pas la parole »

Article Le Nouvel Obs N° 979 du 12 août 1983, « Les caprices de Balkany »

Article sur blog de  Sébastien Pietrasanta, 5 février 2007, « affichage et liberté d’expression »

Article asnierois.org, 25 septembre 2006, « Les affiches de Bayrou masquées par la mairie d’Asnières »

Article Europe 1, 28 février 2007, « Nicolas Sarkozy épinglé par le Canard enchaîné »

Article asnierois.org, 2 septembre 2006, « Nouvelle rafale de plaintes en mairie d’Asnières »

Article Libération du 25 octobre 2001, « Balkany, tout le monde lui dit merci »

Article Libération du 27 novembre 2006, « Les RG au secours du maire »

e-mail:: guillaume2.david@yahoo.fr

ajouter un commentaire À cet article

chiffres de la délinquance

drew 07.Apr.2007 14:01

Concernant le passage sur les chiffres de la délinquance :

- il faut noter que la baisse générale des atteintes aux biens en europe a une raison bien connue : l'amélioration technique des systèmes antivol ; cela n'a rien donc à voir avec la politique du ministre de l'intérieur.

- la politique sarkozyste est en échec sur le chapitre le plus significatif de la politique sécuritaire : les atteintes physiques aux personnes ont, en france augmenté entre 10% et 20% depuis 5 ans. Cela traduit probablement une tendance de fond sociétale, que le discours stigmatisant et antagonisant du candidat Sarkozy ne fait que magnifier.

A lire : le journal Marianne publie régulièrement son baromètre de la sécurité en france, en décryptant les chiffres officiels.